jeudi 29 mars 2012

lundi 26 mars 2012

Le décès de Chenouda III, primat de l' Eglise Orthodoxe Copte




Chenouda III (Nazir Gayed Roufaïl de son vrai nom), chef spirituel de l’Eglise orthodoxe copte, est mort le 17 mars dernier, à l’âge de 88 ans. Il fut le 117e primat sur le trône papal d'Alexandrie, laissant derrière lui des fidèles inquiets face à la montée de l'islamisme en Egypte.

Après de brillantes études au Caire, il est ordonné prêtre en 1955 et consacré évêque  en 1962. En novembre 1971, il est élu et intronisé pape d'Alexandrie et patriarche du siège de Saint Marc. Auteur des nombreux ouvrages de morale, de patristique et d'ecclésiologie, il est marqué par une rénovation profonde de l'administration de l'Eglise et une expansion sans précédent vers des communautés coptes hors d'Egypte. Exilé par Sadate d'Egypte, il ne revient au pays qu’à la suite de l'assassinat du Président.

En 1991, il est élu membre de la présidence du Conseil Œcuménique des Eglises, dont le siège est à Genève, et, en octobre 2000, il est désigné lauréat du prix UNESCO, pour la promotion de la tolérance et de la non-violence. Il est connu aussi pour son désaccord sur la doctrine du « subsistit in », issu du Concile Vatican II.

Le monde chrétien fait ses adieux à un grand pasteur de renommée internationale et à une grande figure chrétienne du XXe siècle. Proche de son peuple, connu pour ses talents liturgiques et pastoraux, c’est un prédicateur averti qui quitte son Eglise à un moment crucial, sachant que l'Egypte passe des moments difficiles quant au devenir de cette nation. Il disait que « l'Egypte n'est pas une nation dans laquelle  nous vivons, mais une nation qui vit en nous ».

 Le pouvoir militaire et les frères musulmans soulignent son patriotisme et ont participé à ses obsèques. De leur côté, le patriarche œcuménique Bartholomé et le pape Benoît XVI s'unissent spirituellement à la prière pour que « le Seigneur accueille ce grand pasteur »! Il est rare de voir les orthodoxes, les catholiques et les musulmans s'associer, dans un même hommage, pour un chef religieux.

Père Théodore

lundi 19 mars 2012

Dimanche de la vénération de la sainte croix




Le troisième dimanche du carême orthodoxe est appelé le dimanche de la « vénération de la Sainte Croix ». Il est remarquable que le thème de la Croix qui domine l'hymnologie de ce jour ait développé en des termes, non pas de souffrance, mais de victoire  et de joie. Les chants donnant le thème du Canon du dimanche sont issus de l'office pascal, et ce Canon est une paraphrase du Canon de Pâques.

Nous sommes à la mi-Carême. L'effort physique et spirituel, s'il est effectué de manière sérieuse et constante, commence à être pesant ; notre fatigue devient plus évidente ; on a besoin d'aide, d'encouragement.

Mais le Carême est notre propre crucifixion, notre expérimentation du commandement du Christ entendu dans l'évangile de ce dimanche : « si quelqu'un veut me suivre, qu'il renonce à lui-même, prenne sa croix et me suivre » (Mat. 8, 34). Et Sa croix qui nous sauve donne non seulement signification, mais aussi puissance aux autres. Oui, par le jeûne, nous avons une sensation d'amertume à cause de notre négligence ou de notre découragement. Voici qu'est exposée la vivifiante croix, comme pour nous ranimer, nous soutenir, et nous encourager en rappelant les souffrances de notre Christ. Les Saints Pères de l'Eglise ont planté la croix vivifiante, qui nous procure fraîcheur et repos, et qui soulage les voyageurs fatigués. Au milieu des eaux, le divin Moïse jeta le bois pour les rendre douces ; au milieu du jardin d'Eden, se trouvait l'arbre de vie ; au milieu du Carême, les Saints Pères ont planté la Croix en commémorant l'avidité d'Adam; car, en ayant goûté la croix, nous ne muerons pas, mais serons vivifiés. Un hymne de ce jour dit ceci:


« Salut, vivifiante Croix du Seigneur, invincible trophée de la foi, porte du paradis, rempart de l'Eglise et réconfort des croyants; par toi fut abolie la puissance de la mort, par toi paraît l'antique malédiction, par toi nous sommes élevés de terre jusqu'au ciel, arme invincible qui chasse les démons, havre de salut et gloire des Martyrs, précieux ornement des moines saints  au monde, tu apportes la grâce du salut ».


Père Théodore

lundi 12 mars 2012

Deuxième dimanche du carême: Saint Grégoire Palamas




L'apôtre Paul exhorte tous les chrétiens de prier sans cesse « en commun », et le prophète David, même s'il était roi, avec tous les soucis que cette fonction suppose, dit : « je vois le Seigneur devant moi sans relâche », c'est-à-dire, noétiquement, au moyen de la prière, je vois le Seigneur en face de moi tout le temps.

Saint Grégoire le théologien nous incite non seulement à prier, mais aussi de demander à tout le monde à faire de même: les moines et les laïcs, instruits ou non, hommes, femmes et enfants, nous devrions tous les encourager à prier sans cesse.

 La contemplation profonde de Palamas lui fait aussi entrevoir ce qu'a pu vivre la Vierge Marie: avant de devenir la mère de Dieu, la Théotokos, elle a parcouru une ascension spirituelle. L'incarnation de Dieu est à la fois une juste réponse à l'humanité en prière et un don gratuit au-delà de toute mesure. La sainteté de Marie et sa maternité divine sont un contact avec la vie éternelle ; devenue mère de Dieu, elle est au contact du créée et de l'incréée, elle est médiatrice d'éternité.

Saint Grégoire Palamas insiste sur cet aspect expérimental de la grâce. Sa théologie  vise à défendre ceux qui vivent, dès à présent, des énergies divines ; énergies que les paroles  ne démontrent pas, mais qui restent néanmoins perceptibles dans les œuvres, celles du Christ et des saints à sa suite. Palamas confesse que, malgré la nécessité de la polémique, il éprouve des difficultés à écrire sur le thème de la déification de l'homme, précisément parce qu'il s'agit avant tout d'une expérience vécue et infime avec Dieu, d'une expérience qui dépasse donc tout entendement. Autrement dit, la synergie entre la volonté de Dieu et celle de l'homme donne l'union de l'homme à Dieu par le truchement de la prière fervente et incessante. Le but de l'homme est de devenir Dieu (théosis = divinisation), par la grâce de Dieu, et dans l'Esprit Saint.

Père Théodore

mardi 6 mars 2012

Dimanche du triomphe de l'Orthodoxie



Le premier dimanche du carême, l'Eglise Orthodoxe célèbre la victoire de l'orthodoxie sur l'iconoclasme, c'est-à-dire le rétablissement de la vénération des icônes au sein de l'Eglise. Cette fête fut instituée en 843.

Les chrétiens orthodoxes vénèrent les icônes parce qu'elles les placent dans la présence réelle de ce qu'elles représentent. Il s’agit d’« une vénération », et non d’« une adoration », car seul Dieu est adoré. Selon la doctrine de l'Eglise précisée au 7e Concile Œcuménique en 787 : « [...] l'honneur rendu à l'image va à son prototype, et celui qui vénère l'icône vénère la personne qui y est représentée [...] ».

Il est certain que l’iconoclasme fut une période tragique dans l'histoire de Byzance et de l'Eglise. « Byzance a vu des gens mourir pour les images », rappelle André Grabar. Mais la reine Théodora, gardienne de la foi, avec ses descendants habillés de pourpres, réfutant leurs erreurs illicites et imitant les rois pieux, se montrant plus pieuse que tous, avait restauré la vénération des icônes.

Le Fils, né du Père indescriptible, ne peut avoir d'image. Né de Marie, il a une image qui correspond à celle de sa Mère. Cette image n'est pas simplement humaine, car elle reflète la dignité paradisiaque de l'homme. Le nouvel Adam vient rétablir la ressemblance divine que le premier Adam, qui fut créé à l'image de Dieu, a perdue de sa chute. « Le verbe non descriptible du Père s'est fait descriptible en s'incarnant de toi, Mère de Dieu », dit la prière, «   ayant établi dans sa dignité originelle l'image souillée, il l'unit à la beauté divine ».

Ce dimanche sacre l'image. L'interdiction de toute représentation formulée et répétée dans l' Ancien Testament est levée par le Christ, pour son corps et les membres de son corps, c'est-à-dire sa mère et ses amis saints. Inséparable de son Fils, Marie est l'image suprême de cette nature déifiée qu'elle partage avec les saints. L'hymne forte de ce jour nous dit :


« Devant ta sainte icône, nous nous prosternons, Dieu de bonté, implorant le pardon de nos fautes, ô Christ notre Dieu, car Tu as bien voulu souffrir en montant sur la croix, pour sauver ta créature de la servitude de l'ennemi, aussi dans l'action des grâces, nous Te crions: “Tu as rempli de joie l'univers, ô notre Sauveur, en venant porter au monde le salut” ».


Père Théodore