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vendredi 2 janvier 2015

6ème conférence inter religieuse et citoyenne


Monsieur Le Maire,
Monseigneur, Mes chers Collègues,
Mesdames et messieurs,


La liberté religieuse, qui est en vigueur ici en France, n’est pas seulement un don précieux du Ciel pour ceux qui ont reçu la grâce de la foi ; elle est un don pour tous, parce  qu’elle est la garantie fondamentale de toute expression de la liberté. Il n’est rien qui nous rappelle, autant que la foi, que, si nous avons un unique Créateur, alors nous sommes frères!

Ainsi la liberté religieuse est un rempart contre les totalitarismes et une contribution  décisive à la fraternité humaine, comme disait le pape Jean-Paul II.

Mais la vraie liberté religieuse a horreur des tentations, en particulier celles de l’intolérance et du sectarisme, et promet à l’inverse un dialogue de nature respectueuse et constructive. En tant que croyants, nous devons être particulièrement vigilants afin que la religiosité et l’éthique que nous pratiquons avec conviction, et dont nous témoignons avec passion, s’exprime toujours par des attitudes dignes du mystère que l'on entend honorer, en refusant avec résolution comme non vraies, non dignes de Dieu ni de l’Homme, toutes formes  qui représentent un usage déformé de la religion. La religion authentique est source de paix et non de violence. Personne ne peut utiliser le nom de Dieu pour commettre des actes de violence. Tuer au nom de Dieu est un grand sacrilège. Discriminer au nom de Dieu est inhumain.

La liberté religieuse n’est pas un droit qui puisse être garanti uniquement par le système législatif en vigueur, lequel est par ailleurs nécessaire : c’est un espace commun, une atmosphère de respect et de collaboration qui est construit avec la participation de tous, même  de ceux qui n’ont aucune conviction religieuse.

Une liberté fondamentale est celle de voir en tout homme et toute femme, même en ceux qui n’appartient pas à sa propre tradition religieuse, non des rivaux, encore moins des ennemis, mais bien des frères et des sœurs. Celui qui est assuré de ses propres convictions n’a pas besoin de s’imposer, d’exercer des pressions sur l’autre ; il sait que la vérité a sa force de rayonnement propre. Nous sommes tous, au fond, des pèlerins sur cette terre, et, au cours de notre voyage, tandis que nous ne vivons pas comme des individus ni comme des groupes nationaux, culturels ou religieux, nous dépendons au contraire les uns des autres, nous sommes confiés aux soins les uns des autres. Chaque tradition religieuse, à l’intérieur d’elle-même, doit réussir à rendre compte de l’existence de l’autre.

Une seconde attitude est l’engagement en faveur du bien commun. Chaque fois que l’adhésion à sa propre tradition religieuse fait germer un service plus convaincu, plus généreux, plus désintéressé par la société tout entière, il y a un exercice authentique, un développement de la liberté religieuse. Celle-ci apparaît alors non seulement comme un espace d’autonomie légitiment revendiquée, mais comme une potentialité qui enrichit la famille humaine par son exercice progressif. Plus on est au service des autres, plus on est libre.

Regardons autours de nous combien nos sociétés doivent encore trouver des chemins vers une justice sociale plus répandue, vers un développent économique inclusif ! Combien l’âme humaine fait des expériences de la vie et tente de récupérer l’espérance ! Dans ces domaines d’action, les hommes et les femmes inspirés par les valeurs de leur propre tradition religieuse, peuvent offrir une contribution importante, même irremplaçable. C’est là aussi un terrain particulièrement fécond pour le dialogue interreligieux.
  
« On ne peut dialoguer sans identité, ce serait un dialogue fantôme, il ne servirait à rien », a dit le patriarche Bartholomée. Chacun est fidèle à sa propre identité. C’est du relativisme.

 Chacun de nous offre le témoignage de son propre interdit à l’autre dans le dialogue avec l’autre. Le plus important, c’est de marcher ensemble sans trahir son identité, sans la masquer, sans hypocrisie. Il ne peut pas y avoir deux équipes : les Orthodoxes contre le reste !


Chers amis,

Il faut maintenir et développer la tradition des bonnes relations entre communautés religieuses qui existent ici en Aquitaine, de manière à se sentir unis dans le service de notre chère patrie. Continuons à être les témoins de la possibilité de relations cordiales et de collaborations fécondes entre des hommes de religions différentes.

Dans un monde déchiré par la violence, bâtir la paix est devenue un devoir impérieux. La Déclaration de Barcelone de mai 1995 est une déclaration solennelle de tous les participants qui condamnent unanimement la violence où qu'elle se produise et, en particulier,  lorsqu’elle est perpétrée au nom de la religion.

Et si l’incarnation s’offrait comme une interpellation, une question offerte à la liberté de chaque conscience : Dieu est-il vraiment Dieu, et non pas un absolu abstrait et dangereux, lorsqu’il laisse à l’homme le temps et la liberté de répondre et d’échanger avec les autres sur la qualité de cette réponse ?  Il faut pour cela des religions paisibles et honnêtes qui ne parlent  pas  plus vite que Dieu. Il faut pour cela des conditions économiques, sociales et politiques qui donnent aux hommes la liberté de penser sans contrainte. C’est la tâche conjointe des instances politiques et religieuses, dans l’autonomie de leurs démarches.

 Père Théodore



vendredi 3 février 2012

"Mondialisation et religion dans la cité": Troisième Conférence Interreligieuse à Bordeaux




Les sociologues remarquent que la mondialisation apporte une facilité de plus en plus grande pour voyager et communiquer. Les personnes et les idées venant de divers lieux se rencontrent, en même temps cela favorise ce que Jacques Attali appelle le « nomadisme ». Comment vivre en communauté cette rapidité des communications, de l’information, des langues différentes, déplacement, territorialité, politique, etc. Ensuite, l’immigration est un des problèmes les plus importants à résoudre pour les pays riches. Qui peut venir ? Qui sera exclu ?



Dans le domaine de la religion, la mondialisation a des implications significatives. Il est impossible de regarder le monde actuel sans reconnaître la place importante qu’y occupent les religions. S’il est exact que dans un grand nombre de conflits sur la planète le facteur religieux est présent, il n’en est pas moins vrai que, dans une vision libérale ou éclairée, l’homme peut, et même doit, vivre de sorte que sa religion ne sorte pas de la sphère privée.
 
La sécularisation elle-même peut revêtir un aspect religieux dont il ne faut pas oublier qu’il a deux faces. Le côté positif est que la religion institutionnalisée – l’Eglise – ne peut plus exercer une emprise qui ne lui appartient pas sur les affaires de la cité. Selon une juste compréhension de la notion de laïcité, idée voisine de celle de sécularisation, aucune religion ne peut exercer sur la société une influence qui ne relève pas de sa compétence. Mais le danger de la sécularisation est de marginaliser la religion au point de lui faire perdre sa voix prophétique et son rayonnement. Le risque est grand de faire de la laïcité , qui a certes bien des qualités ,une sorte de religion qui n’en a pas le nom. En revanche, on doit plaider pour une laïcité capable d’intégrer positivement les apports sociaux, culturels et éthiques des religions dans des sociétés d’individus en quête de repères et de motivations. Il n’y a donc pas lieu d’enfermer la religion dans un cocon. Elle doit vivre dans la cité avec pour objectif de lui apporter sa lumière, vivre en paix avec tous les hommes, mais aussi œuvrer à l’ accomplissement de toutes les vocations légitimes.

 
Cela dit la religion doit figurer dans le combat spirituel des enfants de Dieu. La ville peut être un lieu de séduction où la terre entière, remplie d’admiration, a suivi la Bête. Notre tâche aujourd’hui est d’œuvrer pour le passage de la cité terrestre à la cité de Dieu. Notre tâche est de lutter contre l’injustice qui sépare les riches des pauvres, les puissants des démunis.
 
Notre tâche est d’adopter la culture de la non-violence et de respect de la vie.


D’adopter la culture de la solidarité, de la complémentarité et d’un système économique impartial.

 
D’adopter la culture de la tolérance, de la coexistence et des principes d’honnêteté et de loyauté.
 
D’adopter la culture de l’égalité des droits et des obligations entre adeptes des différentes religions.


Ces lignes directrices traduisent une double transition intellectuelle dans le cadre des valeurs morales.
 
D’une part, elles présentent une vision éthique procédant d’un processus d’échange
endogène , de sorte que les adeptes des différentes religions retrouvent leur identité religieuse, au sens large du terme, au sein de leurs communautés respectives, au lieu de les chercher à l’extérieur ou de s’engager dans des conflits avec ces composantes. D’autant que dans le monde actuel, où tous les éléments sont interdépendants, l’individu qui adopte une religion doit respecter les autres religions et rester ouvert à leurs doctrines.


D’autre part, ces lignes directrices constituent une transition centrale sur le plan moral qui
cesse d’être concerné par les responsabilités morales des membres d’une communauté spécifique pour devenir universel et concerné par les responsabilités morales des différentes communautés, cultures et religions.
  
En fait, nous savons qu’il n’appartient pas aux religions de résoudre les problèmes
environnementaux, politiques et sociaux de notre planète et de notre cité. Par contre, me semble-t-il, elles peuvent offrir ce que les plans économiques, politiques, les lois et les législations ne peuvent donner, à savoir : un changement des orientations personnelles dans les mentalités et dans le cœur des gens. Elles peuvent intervenir pour corriger les déviations et fournir une nouvelle manière de vivre. L’humanité a grandement besoin d’un renouveau spirituel auquel devront contribuer toutes les énergies et compétences spirituelles religieuses. Ceci permettra de consolider l’assise morale de l’entente tout en mettant en place les critères appropriés pour assurer la communion de l’individu avec lui-même, avec son Créateur et avec sa communauté, tout en constituant un abri pour son esprit. Ce faisant, les valeurs, les lieux saints, les fêtes religieuses et leurs rites respectifs retrouveront le respect qu’ils méritent.


 Il n’y a pas de lieu sur terre qui ne se prévale de sa religion. Les religions ont marqué les
civilisations et les cultures. Le vide spirituel a pour effet d’ébranler les valeurs spirituelles, mais aussi de favoriser le radicalisme et les régimes despotiques. Les religions contribuent en outre à restreindre le matérialisme aveugle et l’égocentrisme irréfléchi. L’adoption d’une telle vision permettra de relever les défis de la mondialisation grâce à la mobilisation des volontés qui assurera la liberté de l’être humain, la protection de son identité et son accomplissement à travers la créativité, la distinction et la divergence.


 
Pour conclure, je veux remercier les Eglises locales qui m’ont accueilli à bras ouverts, et ont aidé ma Religion et ma Paroisse. Je veux remercier M. le Maire ainsi que ses collaborateurs qui ont su, grâce à un travail constant, nous aider à vivre ensemble, à nous connaître et nous reconnaître,et, finalement à nous respecter et nous aimer.

Père Théodore



samedi 2 avril 2011

Conférence du Père Théodore: "Les repères historiques de l'orthodoxie"


REPÈRES HISTORIQUES

Les origines :

L’Eglise naît vers l’an 30, au jour de la Pentecôte, à Jérusalem. Les apôtres, poussés par le souffle qui vient juste de les visiter, parlent de Jésus dans toutes les langues. Puis, des communautés de témoins se forment et se réunissent pour célébrer l’Eucharistie et annoncer la Résurrection du Christ. Bientôt, on en trouve à Jérusalem, Antioche, Alexandrie, puis dans tout le bassin méditerranéen. Orientale à sa naissance, l’Eglise devient de plus en plus « romaine ».

Cependant, au début du IVe siècle, l’Empereur CONSTANTIN déplace sa capitale et l’installe à Byzance qui s’appellera désormais CONSTANTINOPLE, et deviendra le centre culturel et spirituel de l’Orient Chrétien.


Dès lors se crée une certaine tension entre Rome et Constantinople. Rome garde une place d’honneur : « la présidence de l’amour », selon la formule d’Ignace d’Antioche (IIe siècle), à cause de la fondation de son Eglise par les apôtres Pierre et Paul. Mais cette primauté ne s’applique par à la gouvernance de toutes les Eglises, car les autres grandes villes (Constantinople, Jérusalem, Antioche, Alexandrie) sont, comme elle, à la tête d’un patriarcat (territoire sur lequel s’étend la juridiction de ces villes).

Les Conciles :

Le premier des conciles fut convoqué par l’Empereur Constantin, à NICEE, en 325. C’était une réunion aussi universelle que possible des évêques pour débattre des sujets épineux. Ce premier concile sera suivi d’un second, à Constantinople en 381. C’est là que sera instauré le symbole de foi commune à toute l’Eglise : le Credo

                                                        (Concile de Nicée)

En 431, à Ephèse, MARIE est proclamée Mère de Dieu.

                                                      (Concile d' Ephèse)                                                  
                                    
En 451, à Chalcédoine, est affirmée l’union des natures du Christ : humaine et divine.
Suivront trois autres conciles, toujours réunis en Orient. Les évêques, venant de toutes les régions de l’Empire, sont présents pour lutter contre les différentes hérésies qui risquent de disloquer l’Eglise. 
                                                    (Concile de Chalcédoine)

Ainsi s’est constituée, en 325 et 784, la colonne vertébrale de l’Eglise.


Les Grandes Figures :

Prenant le relais des apôtres et des martyrs, arrive la cohorte de ceux qu’on appelle les Pères de l’Eglise : évêques, moines, laïcs qui sont théologiens, pasteurs, mystiques et qui ont une immense influence sur la vie de l’Eglise et la réflexion théologique. Ils furent très nombreux entre le IIe et le IVe siècle.

Ignace d’Antioche (35- 107 ou 113)



« Il n’y a plus de feu en moi pour la matière, dit-il, il n’y a qu’une eau vive qui murmure au-dedans de moi et me dit : viens vers le Père ».

Irénée de Lyon (130-202)


Grec né en Asie et évêque de Lyon, il veille sur ses paroissiens vers tendresse : « Il n’est pas de Dieu sans bonté », dit-il. Et à propos de la Trinité et de sa relation à l’homme : « Le Père existe et commande, le Fils l’assiste et donne la forme, l’Esprit nourrit et accroît, et l’homme doucement progresse, c’est-à-dire se rapproche de Dieu ».

Clément d’Alexandrie (150-220)


« La foi est le germe, la connaissance est le fruit » a-t-il dit.

Athanase d’Alexandrie (298-373)


Enfant du peuple devenu évêque, il a combattu l’hérésie arienne.

Saint Jean Chrysostome (entre 344 et 349 – 407)



Il a élaboré la Liturgie communément chantée chaque dimanche ; c’est un orateur-né. « La prédication me guérit, dit-il, dès que j’ouvre la bouche pour vous parler, toute fatigue a disparu ».

L’Eglise orthodoxe vénère aussi les Pères latins : Hilaire de Poitiers, Ambroise de Milan, Augustin, etc. bien qu’ils aient eu moins d’importance pour la formation de sa pensée.


LE RÔLE DU PAPE

Pour un orthodoxe, le Pape, évêque de la ville de Rome, où sont morts le premier et le dernier des apôtres – Pierre et Paul de Tarse – a un rôle spécial. En effet, Jésus a demandé à Pierre seul « d’affermir ses frères dans la foi » et à Pierre seul Jésus a demandé : « Pierre, m’aimes-tu plus que ne m’aiment ceux-ci ? ».



Pour l’Orthodoxie, le service du premier évêque est « une présidence d’amour ». Son rôle se limite à être un centre de communion universelle. Il ne saurait être celui qui a « la plénitude totale du pouvoir suprême », comme l’affirme le dogme de l’infaillibilité du pape, défini en 1170.


L’AVENTURE DU FILIOQUE

Les communautés d’Orient et d’Occident se ressemblent, mais elles ont chacune leurs traditions, leur culture et leur spiritualité propres. Un jour, ces différences deviendront un fossé.

En effet, au début du XIe siècle, l’empereur CHARLEMAGNE surgit en Occident. Il veut affaiblir l’Empire d’Orient et pour cela n’hésite pas à utiliser la « guerre théologique ».



Voici les faits et leurs conséquences, très rapidement résumés :

En l’an 800, Charlemagne se fait couronner empereur par le pape Léon III. Pour combattre l’autorité de l’empereur d’Orient, il cherche à le faire passer pour hérétique. Il demande à ses théologiens d’introduire dans le Credo de Nicée-Constantinople, proclamé en 381, un petit mot : « filioque » (et du Fils). Le Credo en Occident va donc affirmer : « Je crois au Saint-Esprit, qui procède du Père et du Fils ».

Ce fait – qui est tout à la fois politique et théologique – va soulever l’Eglise d’Orient contre l’Eglise d’Occident, qui est tout naturellement rattachée au Patriarcat de Rome (le Pape). Cet apport va ruiner l’unité de la foi : il va donner un pouvoir unilatéral à Rome qui ne sera plus le témoin de l’unité de la foi de tous les chrétiens, mais chef d’une portion de l’Eglise. 



La rupture s’opérera entre 1054 et 1204 : c’est le Schisme. L’Eglise Catholique affirme que c’est l’Eglise Orthodoxe qui s’est séparée. L’Eglise Orthodoxe soutient à l’inverse que c’est l’Eglise latine qui a quitté le bercail universel.

En fait, qu’y a-t-il de si important pour l’Orthodoxie dans la présence ou l’absence du « Filioque » ? 

                                                        
D’abord, l’Eglise d’Orient n’accepte pas cette formule parce qu’elle a modifié la définition d’un concile de l’Eglise universelle. Il est impensable, pour elle, de gommer ou de transformer l’expression d’un concile œcuménique. Une phrase dogmatique peu claire ou difficile pour la raison n’a pas à être ignorée ou aménagée. C’est une invitation d’un concile à approfondir ce qu’il tente de nous dire de Dieu.

Les chrétiens orthodoxes sont aussi en désaccord avec l’Eglise latine sur sa façon de concevoir les relations entre les personnes de la Trinité. A cette époque, les occidentaux sont très marqués par la philosophie de Platon, qui établit une parenté entre notre intelligence et le divin. On dirait, par exemple, que l’amour humain procède de la connaissance (on connaît quelqu’un, puis on l’aime). Par analogie, on en viendrait à dire que l’Esprit d’amour procède du Verbe intelligent. On déchiffre Dieu à partir de l’homme ! Les chrétiens orthodoxes ont une autre approche de ce mystère. Pour eux, la personne de l’Esprit n’est pas subordonnée à celle du Fils : il y a entre eux un mutuel service. La révélation de la Trinité éclaire l’homme sur lui-même et sur sa vie et, en contemplant la Trinité, nous découvrons que Dieu est à la fois « Unité et Trinité », alors que nous, hommes, nous ne savons que confondre, ou opposer ou encore faire dépendre. Mais ce n’est pas tout…

                                   (Icône orthodoxe de la Sainte Trinité - Aghia Triada)

Si les chrétiens orthodoxes tiennent à affirmer que « la vie divine procède du Père, par le Fils, dans l’Esprit Saint », ils tiennent à souligner que la personne de l’Esprit n’est pas subordonnée à celle du Fils, mais qu’il y a entre elles un mutuel service ; c’est parce que cela a des conséquences importantes pour la vie de l’Eglise.

Pour les orthodoxes, en effet, si l’Esprit Saint dépend du Fils, du Christ, il va, dans l’église, dépendre aussi du « Vicaire du Christ », c’est-à-dire du Pape. L’Eglise est une Pentecôte confirmée où chacun a son mot à dire, dans l’Esprit, en sa propre langue. L’Esprit Saint repose sur chaque croyant, et chaque croyance, en communion avec les autres, est « porteur de l’Esprit » qui fait de lui un roi, un prêtre et un prophète, dans l’unité de l’Eglise. Chaque croyant a donc son ou ses charismes accordé(s) par l’Esprit Saint, les laïcs comme les prêtres. Aussi les théologiens laïcs ont-ils la parole tout comme les théologiens prêtres.

Et le lien qui unit le peuple chrétien et les évêques n’est pas un lien de dépendance ou de soumission, mais de coopération. De la multiplicité des partitions que sont les Eglises locales naît une symphonie dont la dernière note, le dernier mot, appartient au Saint Esprit.


COMMENT FONCTIONNE LE PATRIARCAT ŒCUMÉNIQUE ?


                                  
Le Patriarche est inséparable du Saint Synode, composé de douze métropolites (évêques). Le Patriarcat est gouverné conjointement par le Saint Synode et le patriarche pour souligner l’aspect collégial de la primauté. Toute décision est prise par le Patriarche en son synode. C’est le Patriarche qui élabore et présente l’ordre du jour, de sorte que le synode n’aborde que les questions que lui soumet le primat. Mais la décision est prise à la majorité, et le Patriarche ne vote pas, sauf cas où les voix se divisent à égalité. 

Le Patriarche œcuménique dispose théologiquement d’un droit d’appel dans l’ensemble de l’Eglise. C’est lui qui convoque et qui préside les conférences panorthodoxes.


UNE ÉGLISE COLLÉGIALE

Le siège du Patriarcat de Rome était aimé. C’est là qu’étaient morts Pierre et Paul. D’instinct, par affection, le monde chrétien lui reconnaissait la première place, la place d’honneur. Tous les évêques sont égaux entre eux, tous les patriarcats le sont aussi, mais Rome est le symbole de la résurrection, de l’éternité.


Mais, peu à peu, celle qui était l’héritière de Pierre voulut imposer sa manière de penser à tous les chrétiens. Cette façon de faire allait à l’opposé de la Tradition au sein de l’Eglise où le pouvoir était partagé entre des Eglises égales entre elles. 

On vit croître en Occident une Eglise de plus en plus forte, avec un seul chef, successeur de Pierre. Au cours des siècles, il ne nommera en Occident aucun patriarcat. Lui seul prendra les décisions, lui sera appelé « Pape ». Peu à peu, il deviendra le dépositaire unique de la Foi. Lui seul pourra nommer les évêques de toute la Chrétienté occidentale Catholique. La direction de l’Eglise en Occident prend une allure de monarchie. Un seul gouverne, un seul décide. Il sera plus tard déclaré infaillible.

Dans l’Eglise d’Orient, et cela depuis sa fondation au premier siècle, la conception du « pouvoir » est tout autre. D’ailleurs, n’est-ce pas en Grèce qu’est née la démocratie ? C’est sur ce type de « gouvernement » que l’Eglise orthodoxe prend modèle. Le pouvoir y est partagé entre tous les évêques égaux entre eux. Chaque Eglise locale – qui se confond souvent avec l’Eglise nationale (grecque, russe, bulgare, etc.) – est autocéphale ou, si l’on préfère, indépendante. D’où une décentralisation du pouvoir. Chaque Eglise a la possibilité d’élire son chef. Celui-ci, avec son synode, choisit ses évêques et son clergé. 

(Les cinq patriarcats)

Dans l’Eglise ancienne, le candidat le plus digne de l’épiscopat était aussi élu par le peuple. Cette élection existe toujours à Chypre et dans le Patriarcat d’Antioche. Aucune référence à une autorité supérieure n’est requise.

Une hiérarchie d’honneur ou de conseil harmonise les relations et la vie religieuse de ces communautés qui se rendent visite et s’informent régulièrement.

A la tête, une présidence d’honneur est confiée au Patriarche de Constantinople, que l’on appelle, de ce fait, Patriarche Œcuménique. Puis, succédant aux apôtres qui ont fondé des Eglises, nous rencontrons les Patriarcats d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem. Celui de Moscou est plus récent.

(Le Saint Synode au Phanar)

La primauté du patriarcat œcuménique de Constantinople n’est pas placée sous le signe de l’autorité, mais sous celui du service.

C’est ainsi que les orthodoxes conçoivent le « pouvoir » dans l’Eglise : servir et non contraindre. C’est là l’ouverture possible dans le dialogue œcuménique : l’évêque de Rome, successeur de Pierre, Président d’honneur des Eglises, au service de toutes et signe d’unité.


LA VIE SPIRITUELLE

Les églises byzantines frappent l’étranger d’abord par la petitesse de leur dimension. Ensuite par leur aménagement. Ceux qui visitent les églises orthodoxes sont souvent captivés par leur lumière et leur chaleur, par une certaine intimité, familiarité avec le Céleste. C’est que, même en dehors des offices, chaque point des murs est animé de présences dont témoignent les icônes et qui mettent l’homme en communion avec ses aînés : anges, prophètes, apôtres, martyrs et saints. L’homme se sent spontanément, naturellement en visite chez Dieu, entouré des amis de Dieu.

(Basilique Sainte Sophie à Constantinople (Istanbul))

A travers les millénaires ou simplement le temps de l’adolescence d’un homme, la liturgie agit avec une grande puissance formatrice du type humain.

Les icônes, les offices et les rites qui pénètrent tous les détails de la vie quotidienne depuis la naissance jusqu’à la mort, rendent la Bible, Parole de Dieu, prodigieusement vivante et le Ciel tout proche, intime, presque palpable. Ainsi, lors des Vêpres, la Bénédiction de l’huile, du vin et du blé, espèces représentatives de la nature, sanctifie le principe même de la fécondité de la terre – alma mater – et enseigne à l’homme que la terre qu’il travaille est sainte, que les produits qu’il retire des profondeurs de l’humus ne sont pas seulement des agrégats chimiques, mais un présent vivant qui participe au mystère liturgique, et que même la fécondité de la terre est en rapport direct non seulement avec les engrais et les saisons, mais aussi avec la spiritualité de l’homme.

Les Eglises orthodoxes sont divisées en trois parties :

                                       (Plan type d'une église orthodoxe)
                                    
Le sanctuaire : c’est là où se déroule mystère de l’Eucharistie, à l’abri des regards.



L’iconostase sépare l’église en deux. C’est une cloison couverte d’icônes, ayant  
 trois ouvertures, une centrale et une de chaque côté : ce sont les « portes ». Un
visage du Christ, la scène de l’Annonciation et l’icône de Jean-Baptiste y figurent
obligatoirement.
 



La Nef : Elle accueille les fidèles, les visiteurs. C’est là que sont distribués les
sacrements.


La Coupole symbolise le ciel. Là domine le Christ Tout-Puissant. Sur les murs, des fresques ou des icônes rendent présents les scènes des évangiles, les apôtres et les saints.



LA VIERGE MARIE


Elle est la sainte la plus fêtée dans l’Eglise Orthodoxe. Nombre de monastères et d’églises lui sont dédiés. Marie, la Mère de Dieu, est celle qui a accepté de dire : « Oui, je veux bien que se réalise en moi l’incompréhension pour les humains ».

La fête de la Dormition (l’Assomption des Catholiques) est célébrée comme une Pâque, précédée d’un jeûne de quinze jours, car selon la tradition, Marie est tout de suite passée de la vie terrestre à la vie éternelle.


LA LITURGIE

L’Orthodoxie trouve la source de sa vie spirituelle dans la liturgie. Chaque baptisé est invité à participer aux mystères de la vie, de la mort et de la résurrection du Christ.



Les fidèles sont debout, car ils sont des ressuscités. Ils ne pourraient d’ailleurs pas s’asseoir, car les chaises sont rares. Tout leur corps participe à la célébration. Avec familiarité et respect, ils sont libres de leurs attitudes : à genoux, debout, courbés, ils se signent quand ils veulent, allument leur bougie, embrassent les icônes comme ils le désirent, etc. C’est ainsi qu’ils disent leur intimité avec Dieu et leur sens du mystère, car Dieu devenu pain et vin demeure inconnaissable.
   

La foi est rencontre personnelle avec le Christ. Chaque chrétien est invité à l’approfondir. La liturgie est le lien privilégié de cette expérience qui place l’homme devant l’infini. Dieu s’est volontairement réduit à devenir pain et vin pour pouvoir être absorbé par les hommes et leur communiquer ainsi le feu divin.

La célébration de la Sainte Liturgie est principalement structurée autour de l’imploration de la descente du Saint-Esprit sur le pain et le vin pour les transformer en corps et sang du Christ, et sur les fidèles pour qu’ils découvrent le pardon des péchés et reçoivent le Saint Esprit afin d’être unis les uns les autres.

Là, le peuple devient Eglise et c’est une Pentecôte renouvelée. Les fidèles et le prêtre communient sous les deux espèces. A la fin de la liturgie, on distribue à tous les fidèles, orthodoxes et non orthodoxes, un morceau de pain non consacré, qui est signe de participation, de partage avec tous ceux qui n’ont pas pu communier et que l’on porte aux malades ou à ceux qui ont été retenus à la maison.



LES ICÔNES

Les icônes et l’iconostase matérialisent, en quelque sorte, l’Eglise d’en Haut, du « Ciel » qui s’unit à celle d’en Bas, de la terre. Elles sont des sermons silencieux tout comme les vitraux des Cathédrales d’Occident.

L’icône fondamentale, c’est l’image de Dieu qui s’est fait homme. Disons, pour simplifier, que l’on représente la personne de Jésus Christ dans son humanité déifiée. L’icône est l’image visible de l’invisible. 

         

Afin que toute maison soit un sanctuaire, chaque famille orthodoxe a ses icônes. Devant elles une lampe à huile brûle jour et nuit. Installées ainsi à la maison, elles prédisposent à l’intimité avec Dieu. Il faudrait accepter d’être regardé par l’icône, pouvoir soutenir son regard. Le Seigneur est là ; moi aussi.


LE BAPTÊME

Baptême, premier sacrement, signifie « plongeon ». Les orthodoxes ont gardé, dans leurs rites, la signification exacte de ce mot. Le prêtre plonge trois fois le future chrétien dans l’eau baptismale, qui symbolise le liquide amniotique de la Mère-Eglise d’où il sortira re-né dans l’Esprit. 



Pour manifester l’accueil de toute l’Eglise, le chœur chante : « Vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ, Alléluia ! ».

Le jour même, il reçoit la confirmation. Ce sacrement qui exprime que le nouveau baptisé est sous la mouvance de l’Esprit est conféré par une onction d’huile. Après quoi, le nouveau baptisé, quel que soit son âge, reçoit le pain et le vin, Corps et Sang du Christ, car Baptême et Confirmation débouchent tout naturellement sur la Communion.



En une seule célébration, le nouvel arrivant reçoit donc trois sacrements appelés « mystères », parce qu’ils nous redisent la co-existence entre le visible et l’invisible. Le baptisé est invité à être, en permanence, un homme de prière, car « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ».


LA PRIÈRE DU CŒUR

Au IVe siècle, c'est-à-dire avant la division des Eglises, les ermites d’Egypte puis, au Xe siècle, ceux des monastères grecs du Mont-Athos, vont se servir du nom de Jésus pour prier ainsi. 

Au IIe siècle déjà, le Pasteur d’Hermas n’affirme-t-il pas : « Le nom du Fils de Dieu est grand et immense, c’est lui qui soutient le monde entier ? » Les moines vont donc répéter sans cesse le nom de Jésus « Kyrie éleison », « Seigneur, aie pitié », ou encore, « Seigneur Jésus-christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pêcheur ». Cette prière est liée tout naturellement à la respiration. En maintenant l’inspiration, on dit : « Seigneur Jésus-Christ », et pendant l’expiration : « Aie pitié de moi, pêcheur ».


Cette prière toute simple plonge chacun dans le mystère de la Trinité et renouvelle le Baptême.


DIALOGUE DE LA CHARITÉ

Le vrai dialogue entre chrétiens est triangulaire : Catholiques, Protestants, Orthodoxes. Dès 1920, dans une lettre adressée aux Eglises du Christ du monde entier, le Patriarche de Constantinople Mélèce IV demandent aux chrétiens d’apprendre à se connaître. 


Mais c’est avec le Patriarche Athénagoras et le Pape Paul VI qu’une voie plus concrète s’est ouverte, continuée par leurs successeurs, le Patriarche Démétrios Ier et le Pape Jean-Paul II. Il y a eu plusieurs démarches lors de ces rencontres, notamment la levée des anathèmes, c’est-à-dire des condamnations de 1054.


A Rome, en 1981, le représentation du Patriarche Œcuménique déclara : « Le Saint-Esprit nous impose aujourd’hui une grande tâche : rétablir l’unité de la Chrétienté divisée ». 

L’Eglise Universelle a besoin de l’Occident, symbole d’intelligence et de volonté, et de l’Orient qui représente la sagesse. Elle a besoin de l’esprit critique de la réforme et de sa connaissance de la Bible. Elle a besoin de l’universalité de Rome, du sérieux qu’elle met à former ses clercs, de son esprit pratique, missionnaire. Elle a besoin aussi de la présence priante des orthodoxes. Les uns sont tendus vers Dieu dans un effort pathétique, volontaire ; les autres se laissent pénétrer par la lumière.



L’Eglise Orthodoxe, l’Eglise Catholique sont deux sœurs jumelles, nées de la même matrice : Jésus-Christ, Fils de Dieu, révélé par le Saint-Esprit. Avec le temps, toutes deux, ont évolué malgré l’éloignement des mentalités. Chacune découvre aujourd’hui les richesses de l’autre. Malgré des cheminements différents, toutes deux savent qu’elles ont le même but. Aucune ne cherche à absorber l’autre. Finis leurs mauvais souvenirs, finies leurs rancunes. Les deux jumelles, respectant leurs différences, s’apprêtent à clamer, chacune à sa façon, cette folle actualité : « Christ est ressuscité ». 

 Pour citer la conférence: 
Rev. P. PAPANICOLAOU, Théodore,  "Les repères historiques de l'orthodoxie", conférence tenue à l'Université du Troisième Âge, Bordeaux, 30 novembre 2010. 
Mis en ligne: le 02/04/2011