jeudi 25 janvier 2018

Homélie de Mgr Emmanuel de France dans le cadre de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens







« Le Seigneur est ma force et mes louanges, il est mon libérateur »
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,
« Talithaqoum ! » « Talithaqoum ! » dit le Seigneur à la fille de Jaïre. Ces mots ne sont pas que miraculeux. Ils ne sont pas que des paroles de miséricorde. Ce sont des mots d’espoir au-delà de l’espoir. Saint Paul en parle comme d’une folie. « La parole de la croix, en effet, est folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui sont en train d’être sauvés, pour nous, elle est puissance de Dieu. » (1 Co 1, 18) La fille de Jaïre n’est plus. Elle repose dans le silence d’une foule assurée que la mort l’avait emportée. Mais lorsque le Fils de l’homme pénètre sous le toit de Jaïre, il porte avec lui la puissance divine d’accomplir des miracles. Ses paroles deviennent source de vie, car il est à la fois parole et vie. Il est aussi chemin et vérité.
Espérer au-delà de tout espoir. Nous n’avons pas que de bonnes raisons d’espérer parce que l’amour divin peut ramener à la vie ce qui semblait totalement perdu. Mais cet amour divin est avant tout sacrificiel comme l’écrit le Saint Évangéliste Jean le Théologien : « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jn 3, 16-17)
Dans le cas de cet enfant, la vie lui est rendue immédiatement. Dans la relation à notre prochain, il faut cependant quelques fois attendre des années pour lui donner vie, inspirés par un amour patient, par le don de soi qui endure et supporte sans fin. Car, il y a dans la vie dès ici-bas des « petites » résurrections qui nous introduisent dans la vie éternelle. Ces petites résurrections ne prennent pas forcément des formes aussi miraculeuses que dans la lecture évangélique que nous venons d’entendre. Ces petites résurrections sont de grands instants de vie lorsque le miracle de l’espoir jaillit de la plus parfaite impuissance. Il peut s’agir d’une rencontre, d’un geste, d’une parole, d’une simple présence qui est porteuse d’une joie ne laissant plus de place à autre chose que l’amour. Ces instants peuvent être furtifs ou continus. J’aime souvent à rappeler la magnifique conclusion de Dostoïevski à la fin de son livre Crime et Châtiment. Le meurtrier et la prostituée se retrouvent, l’un est derrière les grilles de sa prison, l’autre attendant qu’il en sorte enfin. C’est alors que Dostoïevski a ces mots incroyables : « C’était l’amour qui les ressuscitait. Le cœur de l’un enfermait une source de vie inépuisable pour l’autre. »
Espérer au-delà de tout espoir, c’est aussi ça l’œcuménisme. À mesure que nous nous rapprochons, que nous apprenons à nous connaître, que nous sommes en mesure de nous appeler frères et sœurs dans le Seigneur, nous pénétrons dans le mystère de l’unité. Mais ce dernier n’est pas révélé que dans la mesure de nos limites. Car le Seigneur se trouve au-delà de ces limites.
Nous prions ce soir par ces mots : « Le Seigneur est ma force et ma louange, il est mon libérateur ». Prions-le pour qu’Il nous libère de la tentation de la désunion. Prions-le pour qu’Il nous libère des représentations trompeuses qui ne nous permettent pas d’espérer dans notre prochain. Prions-le pour qu’Il nous libère des passions destructrices qui ne nous permettent pas d’accéder à la réconciliation et d’être un en Christ. « Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. » (2 Co 5, 17)
Saint Jean Chrysostome en commentant ce passage écrit : « Nous devons donc vivre pour Jésus-Christ, non seulement parce que nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes ou parce qu’il est mort pour nous, ou parce qu’il a ressuscité les prémices du genre humain, mais aussi parce que nous sommes entrés dans une vie nouvelle. » Or qui dit une nouvelle vie, dit aussi l’originalité du regard que nous lui portons. En créant ce nouveau monde, Dieu nous appelle à l’émerveillement. Il nous presse à redécouvrir le sens de la beauté dans cette réalité nouvelle dont chaque détail, infime partie, nous dit désormais la gloire de Dieu et nous l’annonce !
En tant que chrétiens, nous devons voir la vie d’un jour nouveau, à la lumière de la résurrection. Le principe même de réconciliation est appelé à disparaître au profit d’une unité vécue, d’une unité comme incarnation de la vie des chrétiens. Par réconciliation, il faut entendre au moins deux aspects. Tout d’abord la réconciliation entre le Créateur et sa créature. C’est l’œuvre du Christ. Saint Paul ajoute une autre dimension : « Car de toute façon, c’était Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même » (2 Co 5, 19). La démarche œcuménique s’en approche de manière déterminante. Pour paraphraser saint Paul : « C’est Dieu qui en Christ réconciliera le christianisme avec lui-même. » Aussi, devons-nous penser cette vocation de réconciliation comme un processus de guérison historique et mémoriel, pour ne pas dire spirituel. La réconciliation entre chrétiens en revient à renouer avec la vie, en reconnaissant ce que nous répétons pendant la divine liturgie, que le Christ « s’est offert pour la vie du monde ». Il y a dans la recherche de l’unité un besoin particulier de résurrection.
Annoncer la parole de Dieu au XXIe siècle est une mission sérieuse et complexe. Il nous revient d’incarner cette parole de Dieu, à la faire vivre en nous. Elle rayonne dans nos actes, dans nos gestes, dans nos attitudes envers la société qui nous environne. Le Christ nous a laissés pour commandement : « Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres. » (Jn 13, 34-35) Il y a une place à l’annonce de l’Évangile et le génie créateur du christianisme doit désormais l’investir pour trouver les formes et les moyens adaptés qui rendent témoignage au Christ.
Chers frères et sœurs en Christ,
« Talithaqoum ! » « Lève-toi ! » « Levez-vous » comme le signe du Christ ressuscité. Selon Saint Jean Chrysostome, encore une, en commentant ce passage évangélique déclare : « Le Christ attend à dessein que cette jeune fille soit morte, afin de faire, en la ressuscitant, un miracle plus éclatant. Il ne se hâte point, il marche seulement, et s’arrête à parler longtemps avec cette femme, afin de n’arriver qu’après que la jeune fille serait morte. (…) Ainsi il voulut qu’on ne doutât point de la mort, afin qu’ensuite on ne pût douter de la résurrection. C’est ce qu’il a observé presque partout. C’est ainsi qu’il ne se pressa point d’aller voir Lazare le premier, ou le second, ou le troisième jour. »
« Talithaqoum ! », une parole d’espoir au-delà de tout espoir ; une parole de réconciliation au-delà de toute réconciliation. Amen.
Monseigneur Emmanuel de France

samedi 18 novembre 2017

Fête du 21 novembre: L'Entrée au Temple de la Mère de Dieu



Mes chers frères,

Le 21 novembre de notre calendrier orthodoxe, nous fêtons l'Entrée au Temple de la Mère de Dieu, fête fervente qui concerne notre Eglise, notre Paroisse.

Selon la tradition, la Vierge Marie fut emmenée – présentée - par ses parents, Joachim et Anne, dans le Temple juif à Jérusalem, alors qu'elle était encore une petite fille. Elle y vécut et servit comme vierge du Temple jusqu'au moment de ses fiançailles avec Joseph. Le proto-évangile de Jacques (non-canonique), nous fournit les plus anciennes sources de cette tradition.

Le prêtre Zacharie, le père de Jean le Baptiste, introduisit Marie dans le lieu saint pour devenir elle-même le « Saint des Saints » du Divin, l’enfant qui allait naître d'elle. L'Eglise voit aussi cette fête comme celle qui marque la fin du temple physique à Jérusalem comme demeure de Dieu.

L'appellation de Marie comme étant « Theotokos » (mère de Dieu), fut approuvée par le Concile d'Ephèse en 431. Elle n'a jamais signifié que Marie serait coéternelle à Dieu, ou qu'elle existait avant Dieu le Verbe. L'Eglise reconnaît le mystère dans les paroles de cet ancien hymne : « Celui que l'Univers tout entier ne peut contenir, figure dans ton sein, ô Theotokos ».

L'Orthodoxie appelle Marie « immaculée », « pure » ou « sans tâche » (achrantos en grec). Pour ce qui est du péché originel et de la doctrine catholique de l'immaculée conception, l'Eglise orthodoxe ne s’est jamais prononcée définitivement sur le sujet. Elle a rejeté ce dogme, car celui-ci semble séparer Marie du reste de l'humanité. Il est très important que Marie fut la même que l'humanité tout entière, de sorte que tous les chrétiens puissent suivre son exemple et se soumette à la volonté divine. Dieu le Verbe a pris chair dans la vierge Marie, a assumé la nature humaine déchue, a libéré l'humanité du péché par sa crucifixion et Résurrection.

Que la grâce de la Toute Sainte Marie Theotokos soit toujours avec nous !


Père Théodore

vendredi 9 juin 2017

Arrêtez de culpabiliser (RCF: "Le Billet")



Il y a ceux qui ne culpabilisent jamais, qui vivent assez sereinement et même assez longtemps, sans problème. Ils sont tout simplement amoraux et font tout ce qui peut choquer les autres sans même y penser, et sans que cela les empêche non plus de vivre et de continuer à faire ce qu'ils veulent quand ils le veulent.

Il y a ceux qui culpabilisent, mais qui se débrouillent par perversion pour en retirer quelque bénéfice qui alimente leur libido perverse et leur orgueil.

Il y a ceux qui, pour s'en sortir, se révoltent carrément et assument ce « don ». On veut les accuser de manière à ce qu’ils rejettent toutes les accusations contre les ennemis à abattre. Ils poussent le vice jusqu’à militer contre les accusations à l’encontre de ceux qui sont devenus des accusés. Cela leur redonne une sacrée forme.

Enfin il y a ceux qui culpabilisent, reconnaissent leurs fautes, les confessent, mais prient Dieu qu'Il les leur pardonne et leur donne la force de ne plus recommencer, car ils savent que ce qui est impossible pour l’homme est possible pour Dieu, dans un repentir sincère, aiguillonné jusqu'à la mort, comme pour le bon larron et… Saint Paul.

L'Occident est plus attiré par la culpabilité, tandis que l'Orient mise toute sa confiance sur l'infinie miséricorde d’un Dieu de pardon, d'amour et de bonté.


Père Théodore

lundi 1 mai 2017

Pourquoi le célibat obligatoire des prêtres ? (RCF: "Le Billet")

En 1139, le second concile de Latran énonce une loi selon laquelle seuls les célibataires peuvent devenir prêtres. Celle-ci est validée par le concile de Trente en 1545, qui condamne à l’anathème « celui qui dit que l'état conjugal est préférable à l'état de virginité et de célibat ». 

Depuis le Concile in Trullo de 691, dans le monde orthodoxe comme dans les églises catholiques orientales, un homme déjà marié peut être ordonné prêtre ; en revanche, le mariage après l'ordination est interdit. Les popes peuvent être mariés, mais non les évêques, qui sont choisis parmi les moines et sont donc célibataires.

Mais si le célibat n'est pas vécu de l'intérieur, si celui le candidat à la prêtrise considère le célibat comme une sorte de « mur infranchissable », alors il est préférable qu'il vive autrement sa vie de baptisé. Il faut savoir que le célibat des prêtres n'est pas de l'ordre du dogme, mais de l'ordre disciplinaire. Par conséquent, si un pape décidait de supprimer le célibat, cela ne remettrait pas en cause la foi. Déjà l'ordination des mariés dans le diaconat a pris une proportion considérable. Mais, voila, le diacre chez les orthodoxes est là pour aider le prêtre et apprendre la pratique de la prêtrise ; il n'a pas le droit de célébrer les sacrements comme chez les frères catholiques. Grâce au dialogue entre les chrétiens et les églises, le sacerdoce finira par trouver sa formule adéquate et nombreux seront les futurs clercs.

L'Eglise a besoin de tous les prêtres et laisse au candidat qui a soif de sacerdoce, le choix du célibat ou du mariage avec le consentement de son épouse. Il doit mener une vie familiale chrétienne et au service de l'Eglise. Saint Pierre n'était-il pas marié et n’a-t-il pas guéri sa belle-mère ?


Père Théodore