mardi 29 novembre 2011

La préparation du Concile Panorthodoxe



Le projet de Concile Panorthodoxe, dont l’élaboration a débuté depuis les années 60, à l’initiative du patriarche œcuménique Athenagoras, s’est donné, dans un premier temps, pour mission de réunir une Commission interorthodoxe préparatoire pour une série des conférences panorthodoxes préconciliaires.

Son secrétariat siège actuellement au centre orthodoxe du Patriarcat Œcuménique de Chambéry, en Suisse. Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a annoncé, durant l'été 2010, que la préparation du grand Concile Panorthodoxe entrait dans sa phase terminale et que cet événement historique devrait permettre à l’Eglise Orthodoxe forte de 200 millions de fidèles de réaffirmer sa présence dans le monde. Cependant, une date n’a toujours pas été arrêtée à ce jour, même si 2012 a été évoquée, et l'histoire a jusqu’à présent maintes fois prouvé que la mise en œuvre conciliaire s’éternisait de par son caractère laborieux et incertain.

Pour les orientaux, le dernier concile œcuménique remonte à Nicée en 787. Ils définissent le concile panorthodoxe comme la réunion officielle de toutes les familles issues du grand schisme de 1054 et dont le but est d’engager les Eglises Orthodoxes à œuvrer ensemble sur une série de sujets qui sont sources de tensions entre elles.

Parmi les point sensibles figurent surtout le statut canonique de la diaspora, la primauté du patriarche œcuménique de Constantinople et la hiérarchie entre les patriarcats. L'essentiel du conflit résidait dans la rivalité entre Moscou et Constantinople. Mais sont venus des « vents favorables » qui ont soufflé tant sur le bord de Bosphore que sur les rives de Moskova. Aujourd'hui, les Eglises Orthodoxes ont compris que les conflits frontaux causaient gravement préjudice à leur image et à leur crédibilité.

Dans la crise morale et financière qui sévit de nos jours, l'Orthodoxie entend porter haut et fort sa voix et son témoignage face au monde actuel, sans l’influence des écrivains antimodernistes qui traversent la majorité des Eglises Orthodoxes. Des positions communes se sont manifestées dans divers domaines : la bioéthique, la place future des jeunes orthodoxes, la question des femmes désireuses d’entrer au ministère, la gestion de l'autocéphalie et de l'autonomie, les diptyques et la question du jeûne.

Dans ce contexte, les théologiens représentent une chance d'ouverture, car ils sont le plus souvent des laïcs compétents et œcuméniques. Que le Seigneur notre Dieu les guide!

Père Théodore

dimanche 27 novembre 2011

"L'évolution de l'église orthodoxe grecque dans l'agglomération bordelaise"

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Plan de l'historique de l'église orthodoxe grecque de Bordeaux

(L'historique s'étend sur deux pages: cliquer sur "messages plus anciens" en bas de page pour consulter les parties IV & V, ou cliquer directement sur les titres des différentes parties de l'historique pour un accès immédiat)


I.1. La première vague migratoire (1910)
I.2. La second vague migratoire (1914-1922)
I.3. La fondation de l’Association cultuelle orthodoxe grecque de Bordeaux (1949)

II.La fondation de l'église orthodoxe grecque de Bordeaux (1955-56)      


II.1.Les circonstances de sa naissance
II.2.La construction de l’édifice 
II.3.Descriptif de l’intérieur et de l’extérieur de l’église


III.1. Les premiers prêtres de la paroisse (1954-1972) 
III.2. L’œuvre du père Théodore, actuel recteur de l’église grecque de Bordeaux (1972-présent)


IV.1.Les offices et les sacrements religieux
IV.2.La vie associative et les manifestations culturelles
IV.3.L’enseignement du Grec Moderne et le catéchisme orthodoxe
IV.4.Le dialogue œcuménique



V.1.La campagne de restauration et la modernisation des infrastructures
V.2.La composition cosmopolite de l’église orthodoxe grecque de Bordeaux 
V.3.Les projets et les défis du futur

I. L’évolution chronologique de la communauté grecque de Bordeaux : de l’implantation des premiers Grecs (1910) à la fondation de l’Association cultuelle (1949)


I.1. La première vague migratoire (1910)

À en croire Alexis Arette, dans son ouvrage intitulé La longue marche des Aquitains[1], plus de 150 toponymes trahiraient une présence hellénique dans la région d’Aquitaine dès l’Antiquité : en particulier, les noms de ville dont la terminale est en –os ou altérés en –osse, tels Mios, ou Biscarosse, sembleraient avoir été créés sur le modèle des noms des îles égéennes (Kos) et des cités grecques du Péloponnèse (Argos). Selon la légende, l’hagiotoponyme de la ville de Saint Macaire feraient référence à la mission évangélique du moine grec « Makarios » en Gironde, au IVe siècle. Chose qui ne serait guère étonnante à première vue, si l’on réfléchit que, de l’autre côté de l’hexagone, des colonies grecques furent à l’origine de la fondation des cités de Massalia, Nikaia
 Mais, dans un temps plus proche de nous, les archives municipales attestent de l’existence d’une communauté hellénique à Bordeaux qu’à partir de 1910 : elle concorde principalement avec l'arrivée de Grecs originaires des îles du Dodécanèse (Kalymnos, Symie, entre autres), qui étaient, pour la plupart, des commerçants d’éponges. A cette époque, la ville de Bordeaux était un lieu d’ancrage privilégié des marins du pourtour méditerranéen : située près de l'Espagne, dotée d'un commerce maritime fleurissant, grâce à la Garonne, le complexe portuaire bordelais attirait des bateaux du monde entier jusqu’au centre de la ville et facilitait, entre autres, le commerce lucratif des éponges. Certains Grecs décidèrent alors de s'installer et firent venir des personnes de leur entourage familial ou amical, désireuses de travailler autant dans ce domaine que dans d'autres activités commerciales, intellectuelles, voire politiques. Mais leur communauté à cette époque était très marginale. Cependant le consulat de Grèce à Bordeaux, l’un des tout premiers créés avec celui de Marseille, existait déjà depuis 1857 et avait pour principale mission de porter assistance aux marins grecs venus en transit par la Garonne. A Paris, l’église de Saint Stéphane existait depuis 1895 et faisait figure d’évêché. Les orthodoxes grecs étaient placés sous la juridiction de l’archevêché de la Grande Bretagne (Thyateira), et parfois un prêtre de Paris ou de Marseille faisait le déplacement pour la célébration de mariages ou de baptêmes, mais rarement pour une liturgie. Ce ne fut que bien plus tard, en 1963, que le patriarche Œcuménique de Constantinople, Athénagoras, nomma premier métropolite de France l’archimandrite de Paris, Mgr Mélétios Karabinis, installé en France en 1946. 

(à gauche, Mgr Mélétios Karabinis (1914-1993) ;  à droite, le Patriarche Œcuménique de Constantinople, Athénagoras (1886-1972)  ; photo du site de l’AEOF)


I.2. La second vague migratoire (1914-1922)


Entre 1914-18, des soldats grecs débarquèrent à Bordeaux pour prendre part à la première guerre mondiale. Selon le Ministère de l’Armement, 24.300 Grecs se trouvaient alors sur le territoire français : le caractère massif de ce mouvement migratoire marqua à bien des titres la véritable genèse de l’immigration grecque en France. Certains Grecs se furent finalement sédentarisés après s’être mariés avec des Françaises[2]. En 1922, lors de la « Grande Catastrophe » d’Asie Mineure où eut lieu le génocide des Grecs d'Asie Mineure qui vivaient depuis l’Antiquité sur les terres de la Turquie actuelle, cette vague migratoire prit un second souffle. La France, pays d'accueil, accepta d'accueillir un certain nombre de réfugiés grecs qui souhaitaient s'installer surtout dans des villes en bordure de mer, leur environnement naturel : notamment les villes de Bordeaux, Nantes, Marseille, Nice devinrent leurs terres de prédilection. La préfecture de Bordeaux recensa pas moins de 780 familles de Grecs. Le quartier de St Pierre était littéralement inondé d’apatrides grecs.

(Les Grecs du quartier Saint Pierre devant le « Restaurant populaire » : Elefterios Tsirigotis à gauche ; à côté de lui, Pantelis Nenekas ; au centre, tenant une cigarette, Zacharias Angelopoulos)


Ces derniers, pour une grande partie, ouvraient des restaurants grecs, des cafés, des petits commerces, et travaillaient comme dockers sur le port. 

(Le capitaine du navire « ΑΙΓΑΙ » en compagnie de Grecs de Bordeaux ; photo datée du 8 décembre 1945)

Certains se sont mariés entre eux, d'autres avec les éléments autochtones.
Sur un plan religieux, l’intégration en revanche fut difficile : l'Eglise Catholique locale posait des obstacles, car elle assimilait les Grecs orthodoxes aux hérétiques ; un mariage mixte, par exemple, était difficilement accepté : la seule alternative qu’on leur offrait était purement et simplement de se convertir au catholicisme et de baptiser leurs enfants catholiques. Même un enterrement n'était guère possible, et seuls les pasteurs acceptaient la charge d’une telle cérémonie. Quelques familles se regroupaient pour faire venir un prêtre de Marseille ou de Paris pour les grands sacrements.

(Certificat d’un mariage grec célébré par un prêtre orthodoxe marseillais, à Bordeaux, et daté du 6 mars 1930)

Ils leur arrivaient parfois d’avoir affaire à de faux prêtres, à des charlatans, qui profitaient de leur confiance et de leurs économies…

I.3. La fondation de l’Association cultuelle orthodoxe grecque de Bordeaux (1949)


Lors de la seconde guerre mondiale, devant la famine oppressante de leurs compatriotes de la métropole, les Grecs de Bordeaux, sous la direction de Kyriakos Galandis, se mobilisèrent ensemble pour faire parvenir des denrées alimentaires, en association avec la Croix Rouge française, aux « ONG » grecques. Cette initiative qui prit naissance dans ce conflit tragique de l’histoire eut comme mérite de rassembler les Grecs : aussi, dans le prolongement de leur mouvement caritatif, ils créèrent l’Association des Hellènes de Bordeaux, dont les statuts furent fixés en 1946, et qui comprend une section religieuse. Mais des conflits internes finirent par semer la discorde, et la section religieuse se sépara et devint autonome : c’est ainsi que vers la fin de l’année 1949, les Grecs de Bordeaux fondèrent une Association Cultuelle Orthodoxe, baptisée « Saint Nicolas »[3]. Ses principales activités consistaient à porter assistance aux compatriotes nouvellement immigrés, à assurer l’enseignement du grec moderne aux jeunes enfants de la communauté grecque, et à organiser des rassemblements et des festivités animées par des danses du folklore grec, où les jeunes portaient fièrement les costumes traditionnels.

(cours de grec donné par un étudiant)


             (Première fête grecque : représentation d’une pièce antique)


(article du Sud-Ouest sur la fête nationale grecque ; sur la photo : groupe de jeunes grecs, l’archimandrite Philippeos et le président de l’Association cultuelle, M. Kyriakos Galandis)

Au début des années 1950, l’Association se chargea de trouver un local à l'église Saint Augustin, et un prêtre grec venait par intermittence pour y célébrer la messe dominicale.
Quelques années plus tard, les Grecs s’associèrent aux Russes, qui possédaient un lieu de culte sur le Cours de Médoc (au numéro 100), consacré à « Notre-Dame-de-Kazan ». 

(l’ancien appartement de l’église russe de « Notre-Dame-de-Kazan »)

Le prêtre russe était placé sous la juridiction du Patriarcat Œcuménique de Constantinople, et desservait, par conséquent, tous les orthodoxes de l’agglomération bordelaise. Nombre de Grecs se marièrent ou furent baptisés dans la paroisse russe. Le dernier recteur de l’église du Cours du Médoc fut le père André, émigré d'Algérie, marié, polyglotte, mais qui malheureusement décéda tragiquement d’asphyxie dans son petit presbytère. Plus tardivement, le père Jean Baïkoff, recteur de la paroisse russe de Biarritz, reprit en charge la communauté et venait célébrer mensuellement une liturgie et occasionnellement les sacrements.

(à gauche, Mgr Mélétios ; au centre, Père Jean Baïkoff)

Devant la pénurie de prêtres, ces bergers du Seigneur, la paroisse russe se rétrécissait inexorablement. Après le décès du père Jean, les paroissiens désertèrent l'église du Cours du Médoc, et toutes les affaires qu’elle contenait furent transférées principalement à Biarritz et à Toulouse. Par un renversement de circonstances dont l’Histoire, seule, a le secret, c’est aujourd’hui la paroisse orthodoxe grecque qui accueille les Russes, effaçant ainsi sa dette à l’égard de ses frères orthodoxes.
Par la suite, il fut question à un moment donné pour les Grecs d'acheter une Eglise abandonnée, mais l’entreprise avorta. À la place, ils louèrent un appartement sur le Cours de la Martinique qu’ils aménagèrent en lieu de culte. Enfin, ce fut au tour des Anglicans de leur offrir l'hospitalité en prêtant leur église, 10 cours Xavier Arnozan.

(Eglise évangéliste charismatique de la Moisson des Blés)

Parallèlement, le contexte œcuménique évolua : il fallut attendre un Pape comme Jean XXIII pour amorcer timidement le dialogue interconfessionnel des deux Eglises, catholiques et orthodoxes ; ce fut surtout la rencontre historique entre le Pape Paul VI d'un côté et de l’autre le Patriarche Athénagoras qui fut la plus décisive de toutes, car le dialogue des Eglises prit une tournure sincère et constructive qui eut l’effet d’une avancée spectaculaire : l'anathème fut levé à Jérusalem, en 1965, ce qui permit l'hospitalité réciproque des fidèles : notamment la communion interreligieuse fut autorisée dans le cas où le chrétien n’avait pas d’église correspondant à sa confession dans son lieu de résidence. Les fidèles commencèrent à se connaître et à s'aimer dans le partage des traditions et le respect mutuel. Les esprits s’apaisèrent, une brèche s’ouvrit dans les murs intrachrétiens. Des évêques catholiques subvenaient aux besoins des orthodoxes par le prêt de locaux et des aides économiques. Les prêtres orthodoxes commençaient à être invités par le clergé catholique et protestant pour parler des différences interreligieuses et développer certains sujets qui étaient encore tabous à cette époque.


[1] ARETTE, Alexis, La longue marche des Aquitains, Editions Pyrémonde (« Princi Negue »), 2007.
[2] La Revue Franco-hellénique, n°12-13, 1993 (juillet-octobre), p. 4.
[3] L’association fut déposée à la Préfecture de la Gironde sous le N° 4960bis et publiée au Journal Officiel N° 79, du Ier avril 1949.

II.La fondation de l'église orthodoxe grecque de Bordeaux (1955-56)

 II.1.Les circonstances de sa naissance 

 Sous la pression de la communauté grecque grandissante, le projet de la paroisse hellénique d’acquérir sa propre église à Bordeaux ne relevait plus de l’idée, mais de la nécessité. Il fallut trouver des moyens économiques et matériels importants pour concrétiser ce projet.
C’est ainsi que les Grecs sollicitèrent, sans répit, l’aide de Mgr Mélétios, qui n’était pas encore archevêque de France, mais évêque de Reggio, depuis 1953. Mais la tâche était ardue, car, au niveau national, la majorité des Paroisses grecques installées en France étaient dépourvues d’église. Mgr Mélétios se rendit alors à Nice et demanda de l’aide aux familles fortunées, afin que des lieux de culte puissent être construits dans les paroisses françaises qui n’en possédaient pas.
Dans un premier temps, il n'osa pas s’adresser directement à M. Panayiotis Pétalas, un riche armateur et ancien ministre grec de l'économie, installé en France. Après un échange téléphonique, ils finirent tous deux par se rencontrer. Mgr Mélétios lui confia ses projets et lui indiqua que la paroisse grecque de Bordeaux désespérait d’avoir son propre lieu de culte. Après des négociations, ils se mirent d’accord pour mener à bien ensemble cet ouvrage.

II.2.La construction de l’édifice :


M. Pétalas prit rapidement contact avec les responsables locaux et notamment trois familles grecques influentes à Bordeaux (Théodoridès, Polidès, Galandis et Corfias) qui entretenaient parallèlement d’excellentes relations avec Mgr Mélétios.

 (A gauche, Emmanuel Corfias, Ancien Consul de Grèce à Bordeaux ; au centre, M. Nicolas Théodoridès ; à droite, Kyriakos Galandis, président de l’Association cultuelle)

 Il leur conseilla de se charger tout d’abord de trouver un emplacement en vente pour y construire une église. En 1955, la communauté grecque fit l’acquisition du terrain situé au 278 Rue du Jardin Public, choisi en tenant compte de la proximité des familles grecques avoisinantes. M. Pétalas, le principal donateur et l’édificateur du futur sanctuaire, finança, avec les fonds mis en réserve de la paroisse, l’achat du terrain et signa les actes notariaux le 28 novembre 1955. De son côté, Mgr Mélétios fit venir de Paris un ami architecte qui conçut les plans d’une chapelle orthodoxe, ainsi que d’un petit presbytère au fond du terrain. La construction de la murette cruciforme de couleur bleu et blanche, qui fait office de clôture pour délimiter et protéger l’édifice, intervint que plus tard.
Le chantier de construction de l’église démarra en 1956 et dura plusieurs mois. L’année suivante eut lieu l'inauguration en présence de Mgr Mélétios, de M. Pétalas et de sa famille, du père Panayotis (diacre puis Vicaire Général de la Métropole Grecque) et son épouse (la nièce de Mgr. Mélétios), ainsi que toute la paroisse orthodoxe de Bordeaux.

(photographie d’une des premières liturgies à l’église orthodoxe grecque de Bordeaux)

L’église fut consacrée à « la Présentation de la Sainte Vierge au temple » (« τα Εισόδια της Παναγίας Θεοτόκου »), d’après le prénom de son édificateur et donateur «  Panayotis », qui signifie en grec « dédié à la toute sainte Marie, mère de Dieu ». Depuis 1994, sa dépouille repose désormais derrière le sanctuaire.

(tombe de l’édificateur de l’église orthodoxe grecque de Bordeaux, M. Panayiotis Petalas)


II.3.Descriptif de l’intérieur et de l’extérieur de l’église  


L’église orthodoxe grecque de Bordeaux est de type basilique et fut conçu sur le modèle des chapelles de la Mer Egée. A l'origine peinte d'une couleur rose saumon, les murs de l'enceinte sont aujourd'hui recouverts d'un blanc "ton pierre". 

(vue de la façade nord de l’église, avec sa couleur d’origine, en 2006)
  
(vue de la façade nord de l’église, repeinte couleur blanche « ton pierre », en 2008)
 (vue de la façade nord et du clocher de l’église)

Elle est surmontée d’un clocher sur son flanc ouest. De récents travaux de rénovation à cet endroit ont révélé que sa cloche, d’origine toulousaine, date du début de l’époque napoléonienne.

(vue du clocher de l’église et de sa cloche du début du XIXe siècle

(vue de la façade sud de l’église)

A l'intérieur, les principaux éléments qui constituent le sanctuaire sont :

(au fond, l’iconostase en bois équestre, composée de quatre grandes icônes)

(derrière l’iconostase, le saint autel)

(au fond, à gauche, la sacristie avec un tableau de la dormition de la « Théotokos »)

(au fond, à droite, le pupitre où chante la chorale, le linceul encadré à gauche de l’image, les livres liturgiques)

(à droite, au milieu du sanctuaire, le trône épiscopal)

Chose rare pour les églises orthodoxes, des vitraux byzantins représentant les saints servent de fenêtres lumineuses.

(sur l’image : à gauche, le bougeoir byzantin ; vitraux représentants au milieu, Sainte Marina et à droite, Saint Pantéléimon)

Le sol est presque entièrement recouvert de mosaïques, et au centre de l’église est dessiné un aigle bicéphale, symbole par excellence l’église byzantine. 

 
(mosaïque représentant l’aigle bicéphale)


L’essentiel des objets qui décorent le sanctuaire et servent au culte religieux proviennent de donations et sont venus complétés au fil des années le riche inventaire que possède désormais l’église (« pagari », fonds baptismaux, saint-autel, habits sacerdotaux, icônes, chaises, bougeoir, livres liturgiques, etc.).  

III. La lignée des prêtres de l’Eglise Orthodoxe Grecque de Bordeaux : depuis l’origine de la communauté hellénique jusqu’à aujourd’hui


III.1. Les premiers prêtres de la paroisse (1954-1972)

À partir de 1954, l’archevêché de Londres envoya un prêtre à demeure pour l’Association Saint Nicolas. Devant l’arrivée d’une troisième vague migratoire de Grecs en provenance des pays du Maghreb (familles Nicolaou, Tsevdos, Kokolakis, Keramidas, etc.) dans les années 50-60, qui vit la communauté hellénique de Bordeaux s’accroître considérablement, les prêtres orthodoxes de la métropole furent de plus en plus sollicités. Plusieurs familles décidèrent de rémunérer, par leurs propres moyens, le prêtre pour ne pas toucher aux fonds mis en réserve qui servirent plus tard à financer la construction de l’église. À ses origines donc, économiquement parlant, la paroisse orthodoxe grecque de Bordeaux n’était pas autosuffisante. C’est pourquoi les premiers prêtres ne restaient pas longtemps (en moyenne 3 à 6 mois), à l’exception du père Stavros Georganas, qui assuma sa fonction de recteur à Bordeaux pendant quatre années. Sa demeure principale cependant se trouvait à Bazas, où il résidait chez ses propres amis, originaires tous de Djibouti. Son âge avancé limita ses capacités d’action : notamment, il n’assurait pas l'enseignement de la langue grecque et les infrastructures de l’église étaient quasiment laissées à l’abandon. 

(Le père Stavros Georganas célébrant un mariage mixte)

Voici une liste des principaux prêtres qui ont servi l'Eglise, établie d’après les archives que nous possédons:
03/04/1954 : Père Jacques PAVLOU
 ? / ? /1954 : Père Philippeos ?
30/11/1958 : Père Théoklétos MICHALAS
15/04/1963 : Père Prokopios KOKLAS
15/08/1964 : Père Constantin CHARISSIADIS
31/01/1965 : Père Cheroubim SAVRAKOS
 ?/ ?  /1967 : Père Damaskinos MICHALAS
06/10/1968 - ? /? /1972 : Père Stavros GEORGANAS
? / 08/1972 : Père Andreas PHYRILLAS
17/10/1972 - Présent : Père Théodore PAPANICOLAOU
 
(ci-dessus : photos de prêtres de passage venus pour célébrer des mariages grecs)

Leurs noms apparaissent tous succinctement dans le registre des baptêmes, ainsi que dans celui des mariages. La plupart étaient des prêtres de passage, venant de Paris ou de Marseille, ou des étudiants en théologie, tout juste sortis du séminaire, et envoyés par la Métropole grecque de Paris pour desservir temporairement l’église orthodoxe de Bordeaux. Certains furent ordonnés par la suite évêques, surtout en Grèce, à l’instar de Mgr. Irénée en Crète et de Mgr. Constantin Charissiadis, évêque de Derkon. Mais, de manière générale, les archives de l’église ne révèlent que peu d’informations et de traces matérielles de leur service au sein de la paroisse.

III. 2. L’œuvre du père Théodore, actuel recteur de l’Eglise Grecque de Bordeaux (1972-présent)

(Le Père Théodore Papanicolaou, célébrant un baptême ; photo datée de mars 1976)

Au mois d’octobre1972, le père Théodore Papanicolaou, alors âgé de 25 ans, arriva à avec son épouse à Bordeaux, dans une communauté grecque en pleine décomposition. A la différence des autres prêtres, son esprit lui imposa une volonté inexplicable de rester et d’œuvrer, dans tous les sens du terme, pour ressouder la communauté grecque de Bordeaux autour de son noyau principal : l’église. Mgr Mélétios contacta, dans un premier temps, le ministère grec de l’éducation nationale pour modifier la loi en vigueur à l’époque, de façon à permettre de nommer le père Théodore comme enseignant de la paroisse grecque, ayant suivi une formation parallèle aux métiers de prêtre et d’instituteur. Sa titularisation ne s’officialisa qu’au mois de mars de 1980 et, pendant huit années, seule une modeste indemnisation par le Ministère de l'Enseignement grec lui permettait de rester et d’organiser la communauté grecque de Bordeaux. Par la suite, l'Archevêché lui confia un vaste domaine de juridiction, qui s’étendait de Nantes à Toulouse, en passant par La Rochelle, Montauban et Agen.
A son arrivée, le petit presbytère derrière l’église, longtemps abandonné, était dans un état d’insalubrité qui le rendait inhabitable. Grâce aux travaux et à l’aide des couples Tsevdos, Combes et Kokonis, secondés par les familles Théodoridès, Polidès, Cocolakis et Corfias, le père Théodore et son épouse purent s’installer l’année suivante.

(Le père Théodore Papanicolaou, devant l’ancien presbytère de l’église orthodoxe de Bordeaux ; photo datée de 1977)

Le presbytère s’agrandit progressivement en se dotant de nouvelles pièces et notamment d’un bureau confessionnel indispensable pour le prêtre. 

(le bureau confessionnel aujourd’hui)

L’église, de son côté, était pareillement en mauvais état. 
(l’église recouverte de lierre et de roses :  photo datée du mois de juin 1986)

Des étudiants prirent l’initiative de repeindre la chapelle, et d’autres se procurèrent des icônes en provenance de Thessalonique pour combler le vide ornemental de l’intérieur du sanctuaire. Les améliorations apportées aux infrastructures de l’église furent principalement le fruit de nombreuses donations et de l’action productive du bénévolat. L’affluence des fidèles à la messe fut croissante. 

En 1985, l'Etat français mit en vente la maison mitoyenne du 276 rue du Jardin Public, suite au décès de sa propriétaire. L’église grecque de Bordeaux en fit l’acquisition grâce aux fonds trouvés par le père Théodore et les dons généreux de certains de ses fidèles : un travail herculéen pour réunir la somme nécessaire à l’achat en moins de six mois. Après de nombreux travaux de rénovation, cette demeure devint officiellement le nouveau presbytère de l’église, qui est aussi le meilleur de la Métropole Grecque-Orthodoxe de France[1]

(Photo du nouveau presbytère)

L'ancien presbytère fut transformé en école élémentaire pour le grec moderne et le catéchisme orthodoxe, en salle de réunion, et le rite des agapes fut institué après la messe, les baptêmes et les mariages. La salle de l'école fut équipée grâce aux dons de plusieurs établissements scolaires de la ville de Bordeaux. 

(la salle d’école primaire du grec moderne et du catéchisme orthodoxe, aujourd’hui fermée)

Un grand nombre de jeunes enfants de la communauté grecque assistaient aux cours, et l’école reçut les félicitations de l’inspecteur de l’enseignement du grec moderne à Paris, en 1986.
Les activités du père Théodore dépassaient largement le cadre de sa paroisse. Instigateur de plusieurs jumelages franco-helléniques (Le Haillan-Kalambaka, Talence-Trikala, Langoiran-Fiki), il œuvra pour diffuser le philhellénisme dans l’agglomération bordelaise et la francophilie en Grèce, devenant ainsi vice-président des Grecs de la diaspora de Thessalie.
Cette réussite, reconnue par l’Etat français, fut couronnée par une décoration rarement décernée à un prêtre : l’ordre national du mérite, remise le 14 février 2011, des mains du Maire de Bordeaux, M. Alain Juppé, au nom du Président de la République Française.


(Père Théodore Papanicolaou, décoré de la médaille de l’Ordre National du Mérite, le 14 février 2011)

Un honneur précédé par d’autres distinctions de la part du Patriarcat Œcuménique de Constantinople, de la Métropole Grecque-Orthodoxe de France, du Maire du Haillan, de Kalambaka, de Trikala, de Fiki, ainsi que du comité des Grecs de la Diaspora de Thessalie.   


[1] Selon le propos de Mgr. Mélétios, lorsqu’il assista à son inauguration.

IV. Les activités de l'église orthodoxe grecque de Bordeaux

IV.1.Les offices et les sacrements religieux


Le premier rôle de l’église, c’est la vie sacramentale : baptême, mariage, enterrement, liturgie, confession. La préparation des sacrements était inexistante. Un grand obstacle existait surtout au départ : la barrière de la langue. Jusque là, les prêtres célébraient tous et exclusivement en grec byzantin. Mais la réalité était autre : pour la deuxième génération de Grecs, ainsi que pour les familles issues de mariages mixtes, la langue grecque commençait à se perdre, voire à être incomprise. Aussi il fut nécessaire de s’adapter à la situation en introduisant le français dans les offices liturgiques.
Tous les dimanches, l'assistance compte en moyenne une cinquantaine de fidèles ; mais lors de grandes célébrations, en particulier à Pâques, la chapelle est trop petite pour contenir toute l’assistance. Une idée a été lancée d’agrandir sa façade Est, mais est restée au stade de projet, car elle comporte des risques : la dissymétrie qui pourrait dénaturer et briser l’harmonie originelle de l’édifice religieux.
Les Grecs de la Diaspora, malgré leur déracinement, perpétuent les traditions millénaires de l’église orthodoxe jusque dans leur foyer.


 
(une famille chypriote fêtant le Nouvel An orthodoxe grec à Bordeaux)

IV.2.La vie associative et les manifestations culturelles


L’organigramme de l’Association cultuelle grecque de Bordeaux est composée d’un un président (dans l’ordre chronologique : M. K. Galandis, M. J. Stavrianakos, M. Jean Polidès, M. Edouard Cagi-nicolau, Mme Angelica Bechlivanis, présidente actuellement en fonction), d’un vice-président, d’un trésorier, de secrétaires et de conseillers.
 
(Conseil paroissial de 2001 : de gauche à droite : Fotini Tsirigotis-Galet ; Michèle Tsalavoutas ; Emmanuel Kokonis (vice-président) ; Edouard Cagi-nicolaou (président) ; Père Théodore Papanicolaou ; Giorgos Tatas ; Nicolas Papaléonidas ; Sophie Gouyette-Tatas ; Jean Nicolaou)

En 1998, après l’aval des membres du conseil paroissial, l’Association grecque Saint Nicolas se scinda en deux : d’un côté, l' « Association cultuelle », dédiée principalement aux affaires de l’église grecque de Bordeaux ; de l’autre, l' « Association culturelle », chargée des manifestations culturelles relatives à l’hellénisme (conférences, concerts et danses traditionnelles, apprentissage culinaire, etc.). Il s’agit moins d’une séparation que d’une répartition plus cohérente des tâches, les deux associations travaillant toujours en étroite collaboration pour servir les idéaux de la Grèce et de l'Orthodoxie byzantine.
C’est le cas notamment pour l’organisation de la fête nationale grecque qui a lieu tous les ans le 25 mars, au Haillan ou à Bruges, sous l’égide du consulat grec de Bordeaux et de son consul, M. Takis Corfias (actuellement en fonction).
 
(à gauche, le père Théodore Papanicolaou ; à droite, M. Emmanuel Corfias, ancien Consul de Grèce à Bordeaux, lors de la fête nationale grecque du 25 mars 1975, à l’école Saint Genès)

 Cette grande manifestation réunit presque 600 personnes, des Grecs comme des Philhellènes de toute la région bordelaise, assistant à des spectacles et des festivités très appréciées auxquelles participent les deux Associations, les groupes philhellènes (l’Amicale « Philia » et la chorale du Haillan), par le passé les élèves de l’école élémentaire grecque. Jusqu’à très récemment, des groupes de danses folkloriques et des chorales venaient chaque année en provenance de Grèce (Trikala, Kalambaka, Psara) pour animer cet événement et la transcender par leur présence.  
Des excursions sont organisées par l’Association cultuelle, pour visiter Lourdes et d’autres lieux de culte, comme le monastère de la Transfiguration, à Terrasson, ou par le passé, l’église orthodoxe russe de Biarritz. Elles permettent de vivre pleinement la signification du mot « communauté » et de prolonger, dans un esprit fraternel, la réflexion théologique sur l’orthodoxie au-delà des murs de l’église grecque de Bordeaux.


IV.3.L’enseignement du Grec Moderne et le catéchisme orthodoxe


A travers l’action du recteur de l’église orthodoxe de Bordeaux, le grec moderne et l’enseignement catéchistique connut un essor significatif dans la région bordelaise. En effet, le père Théodore suivit des études théologiques au Grand Séminaire Catholique de Bordeaux. En 1985, il soutint le doctorat de l'Université sur « les idées pédagogiques de Katartzis », puis en 1993, le doctorat d'état à l’INALCO de Paris, ayant comme sujet « le personnage du prêtre dans la littérature néo-hellénique des XIXe et XXe siècles ». Fort de son cursus universitaire, il développa l'enseignement du grec moderne dans l’agglomération bordelaise, aussi bien pour l’usage des enfants que pour les adultes. Après avoir rassemblé un nombre d’élèves suffisant pour constituer une classe de grec moderne, les sœurs de « l'Institution de notre Dame » lui prêtèrent un local en 1980 ; ainsi sur un rythme bihebdomadaire (le mercredi et le samedi après midi), les élèves purent apprendre la langue et la civilisation grecques, et suivre parallèlement l’enseignement du catéchisme orthodoxe. Il occupa ensuite la place vacante de lecteur du grec moderne à l'Université Bordeaux III, en collaborant avec M. Tonnet. Il exerça sa fonction pendant dix-sept ans et la section de grec moderne connut une augmentation significative d’élèves.
Par la suite, il diffusa le grec moderne dans d’autres institutions, comme l'IUFM, ainsi que dans plus de vingt-quatre établissements scolaires de tous niveaux, profitant de l’occasion pour les jumeler avec des écoles et des universités de Grèce. C’est ainsi que, tous les ans, en moyenne 30 à 35 étudiants grecs viennent faire leur master ou leur doctorat dans les universités bordelaises.
 La propagation du grec moderne s’est poursuivie de même dans les milieux associatifs : la maison de l'Europe, l’école philomatique, le centre culturel du Haillan, de Martignas, de Camblanes, de Langoiran. Bordeaux est, sans aucun doute, l’une des villes les plus « hellénophones » de France.  

IV.4.Le dialogue œcuménique


Le débat œcuménique a considérablement évolué ces dernières décennies à Bordeaux, et le sujet est ancré définitivement dans les mœurs, même si certains membres du clergé catholique restent encore sceptiques sur la question. Le regard envers l'église orthodoxe grecque de Bordeaux, en tout cas, a énormément changé, et notre paroisse trouve désormais sa place aux côtés des autres confessions.
Dans la pratique, l’œcuménisme se manifeste par les célébrations interchrétiennes (lectures de vêpres, matines, multiplication des pains) qui ont lieu fréquemment à la Cathédrale de Bordeaux et qui permettent, outre un échange réciproque des particularités du culte propre à chacun, de montrer aux frères chrétiens la richesse de l’orthodoxie qui était méconnue en Occident.
 
(célébration œcuménique de la fête de l’épiphanie dans l’église catholique du Cap-Ferret ; janvier 2008)

Un groupe de paroissiens est chargé des relations œcuméniques et représente l’église orthodoxe dans toutes les manifestations qui se tiennent dans la région bordelaise, en dévouant leur temps à cette cause importante.
Depuis plusieurs années, l’œcuménisme est encadré politiquement à l’initiative et aux efforts entrepris par le maire de Bordeaux, M. Alain Juppé et ses collaborateurs, de convoquer, sur une base régulière, des réunions de travail en présence de tous les responsables religieux de la municipalité (catholique, orthodoxe, protestant, juif, musulman, bouddhiste). Leur but est d’instaurer un climat de confiance et de compréhension mutuelles visant à réduire significativement à terme toutes formes de discriminations sociales et de tensions interreligieuses.
L’œcuménisme, en tant que phénomène socio-religieux d’actualité, suscite l’intérêt constant des médias. L’église et la communauté grecque font souvent l’objet d’articles dans les journaux locaux (Le Sud Ouest et Le Courrier), de communications radiophoniques et de reportages télévisés (France 3 et TV7), pour lesquels on demande souvent au Père Théodore d’intervenir aux côtés des représentants d’autres confessions, comme Mgr. Ricard, l'Archevêque catholique de Bordeaux. Depuis septembre 2010, le père Théodore intervient hebdomadairement dans une émission de la Radio Catholique de France-Bordeaux (RCF), pour donner son humeur sur l'actualité religieuse du point de vue de l’orthodoxie grecque. Les séminaires catholiques de Bordeaux et de Bayonne l’invitent systématiquement pour parler de différents sujets, et récemment, il a donné une conférence sur « les repères historiques de l’orthodoxie », à l’Université du « Troisième Âge ». Il est intéressant de noter aussi que, depuis quelques années, des étudiants et des jeunes chercheurs de sciences politiques et en anthropologie ont pris comme sujet de mémoire l’église orthodoxe grecque de Bordeaux, intéressés par le microcosme communautaire qu’elle constitue et son interaction socio-politique au sein de la ville de Bordeaux.