lundi 3 octobre 2011

La prière est le baromètre de la foi et de la vertu


A l’image de l’organisme humain qui ressent le besoin de nourriture, de respirer, l'âme, qui vit dans l'espace de l'amour divin abhorrant le péché, ressent le besoin d'unisson avec Dieu. Les pieux et les saints désirent ardemment des moments de communication privilégiés avec le Dieu Trinitaire. Par la prière, ils confessent inlassablement leurs faiblesses et puisent leur force dans la grâce, semblable à l’oxygène vital que les poumons réclament quand le corps se trouve en apnée. C'est dans ce sens qu’il faut entendre la parole de Saint Grégoire Palamas: « Souviens-toi de Dieu ou plutôt, respire avec Lui » ; et celle de Saint Paul qui exhorte les fidèles à « prier sans cesse...». Souvent une prière courte, mais essentielle suffit, comme celle du Publicain: « Seigneur prend pitié de moi, le pécheur ». D’autant que comme Saint Basile l’indique, « le temps de la prière est toujours propice ». La prière du cœur est aussi une autre forme de manifestation de l'amour incessant envers Dieu, de la reconnaissance de Ses bienfaits et de la confiance absolue en Sa volonté.

L'état de l’homme-prieur implique automatiquement l’esprit de dévotion, de crainte devant le grand Créateur. Atteindre les hauteurs de la sainteté de Dieu exige chez l'homme un effort, celui de laisser sur la terre toute pensée égoïste et arrogante pour s’envoler dans les cieux avec sainteté et humilité. Les paroles qu’il récitera l’amèneront à la componction, étape nécessaire dans sa mystagogie divine. « Même ton ange gardien prie avec toi », disent les saints Pères, « tu dois te rappeler que tu es pécheur ».

Les lieux de prière n’ont que peu d’importance : Saint Paul priait dans une prison ; Daniel, dans la fosse aux lions ; Jonas, dans le ventre du cétacé; Job, dans le fumier. Et les exemples ne manquent pas…

En référence à la lettre de Paul aux Thessaloniciens, un théologien écrit : « Je voudrais avoir une trompette comme celle que l'ange aura pour l'Avènement, pour crier:  Chrétiens, priez avec ferveur, fidèlement, attentivement, avec humilité, priez si vous voulez être sauvés!»

Père Théodore

vendredi 30 septembre 2011

Travaux de rénovation de l'Eglise Orthodoxe Grecque de Bordeaux

 
Le conseil paroissial de l'Association Orthodoxe Grecque de Bordeaux a décidé de lancer une nouvelle phase de travaux visant à réparer, à consolider et à améliorer les infrastructures de l'église et de ses dépendances. Cette phase consiste en plusieurs points:

1/Réparation et rénovation des très anciennes toitures de l'ancien presbytère, de l'école grecque et du bureau du prêtre: travaux confiés à l'entreprise LOUVEL, déjà auteur de la restauration remarquable de la toiture de l'église, et qui débuteront au mois d'octobre/novembre.
2/Rénovation des installations électriques de l'église, de l'école grecque et de l'ancien presbytère.
3/Installation d'une climatisation à l'intérieur de l'église pour remédier au problème récurrent d'humidité.
4/Peinture des murs extérieurs de l'école grecque, de l'ancien presbytère et du bureau du prêtre.

Ces travaux sont d'un coût très onéreux pour notre paroisse et toute aide pour mener à bien cette entreprise est la bienvenue. Aussi si vous souhaitez faire une donation à l'église, vous pouvez envoyer un chèque à l'ordre de l' "Association cultuelle orthodoxe grecque Saint Nicolas" et à l'adresse suivante:

Eglise Orthodoxe Grecque de Bordeaux
278 rue du Jardin Public 
33300 Bordeaux 
France

Nous vous informerons de la progression des travaux.

lundi 26 septembre 2011

La crise économique grecque et européenne



Etant grec d’origine, je souhaiterais m'exprimer très modestement sur la question de cette crise économique si grave pour mon pays et certains autres états de l’Eurozone.

L’Eglise Orthodoxe de Grèce, riche dit-on, participe à l'effort commun pour tenter de sortir le pays du marasme économique."Les entités ecclésiastiques du droit public versent régulièrement leurs impôts", peut-on lire sur le site internet « amen.gr ». Actuellement, elles ont été imposées pour la première fois à hauteur de 20 % sur leurs revenus bruts, suite à l'adoption d'une loi en 2010.

Selon un sondage IFOP, 68 % des Français n’approuvent pas l’augmentation de leur contribution de 15 milliards d'euros pour résoudre le problème grec. En vérité, la France n’aide pas au remboursement de la dette grecque, sinon en se portant garante dans le cas où la Grèce ne pourra pas la payer : chose qu'une partie de la population française ignore.

Le pays se trouve comme dans une situation de guerre. Toutes les mesures qui lui ont été imposées sont censées éviter sa faillite. Il est certain que mes compatriotes doivent être plus patriotes, à savoir participer davantage à l'économie de leur pays; ensuite, le monde politique grec a semé une véritable anarchie dans l'économie. D’un autre côté, les Européens doivent admettre que ce qu'on vit ici n’est autre qu’une crise du système. Les Portugais, les Espagnols, les Irlandais, les Italiens, même les Français, sont eux aussi sur la corde raide. Je crains une guerre et elle sera économique. Je ne vois pas ce que cela pourrait apporter à l'Europe d'exclure la Grèce de la zone euro."C'est illogique et absurde", dit un économiste grec.

Le ministre belge des Finances n'a pas caché son agacement à l'égard des pays qui mettent en avant leurs problèmes pour justifier la lenteur du processus de ratification du plan de sauvetage de la Grèce. J'espère qu’à l’avenir, la sagesse de la famille européenne ouvrira plus son cœur, tendra plus la main, pour apporter des solutions dans un esprit de fraternité, afin que les gens puissent vivre en paix, en tranquillité, dans le respect et le partage.

              Que le Seigneur, notre Dieu, nous entende!

Père Théodore

dimanche 18 septembre 2011

À propos des divorcés-remariés

                                                     
Les évêques allemands sont divisés sur la question des divorcés-remariés. Le président inter-épiscopal, Mgr Robert Zollitsch, s'est prononcé récemment en faveur d’une évolution de la position jusque là inflexible de l'Eglise Catholique. 

Pour sa part, l’Eglise Orthodoxe donne le droit à trois mariages dans la vie d’un fidèle : le premier est un sacrement, tandis que les deux autres sont considérés comme des bénédictions. L'Eglise Orthodoxe accepte que l'époux ou l'épouse qui divorce puisse se remarier religieusement, selon le principe de l' « économie ». Car, par nature, l'humain est faible et sujet au péché : sachons donc nous accommoder de cette situation et faisons preuve de compréhension à l'égard de ceux qui souffrent d'une séparation.

L'Eglise comme une mère embrasse ses enfants égarés, et son rôle s’attache à leur accorder le pardon et les prendre dans ses bras en disant "ne pèche plus". Elle essaie de les remettre dans le bercail du Seigneur. Après un temps de réflexion au cours duquel l'époux ou l'épouse fait le bilan de son échec, l'Eglise Orthodoxe accepte de célébrer un second et un troisième mariages, certes beaucoup moins solennels que le premier, basés sur des actes de pénitence, mais toujours empreintes de miséricorde et de compassion. Ces divorcés-remariés seront parfaitement bien réintégrés à la vie de l'Eglise et ne seront pas excommuniés.

Voici la sagesse orthodoxe qui encourage le pardon et redonne l'espoir à tous ceux qui vivent mal une séparation. Rappelons toujours que les clés du paradis appartiennent à Dieu et non aux ecclésiastiques.

Père Théodore

mercredi 14 septembre 2011

Journées Européennes du Patrimoine à Bordeaux


Dates / Horaires de visite de l'Eglise Orthodoxe Grecque de Bordeaux :

Samedi 17 septembre 2011: de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 19h00
Dimanche 18 septembre 2011: de 15h00 à 19h00

Adresse: 278, rue du Jardin Public (pour plus de précisions, cliquer sur la rubrique "Localisation")

















  

lundi 12 septembre 2011

Nativité de la Sainte Vierge Marie - « Théotokos »


La première grande fête du cycle des Saints qui intervient après le début de l'année liturgique est consacrée à la nativité de la bienheureuse Vierge Marie. A ce jour, nous ignorons toujours la date historique de la naissance de Marie. La fête du 8 septembre semble avoir pris ses racines au VIe siècle en Syrie ou en Palestine. Rome l'a adoptée par la suite au VIIe siècle. Elle finit par être introduite à Constantinople : un hymne de Saint Romain le Mélode et plusieurs sermons de St André de Crète se réfèrent à elle.
S’il est un fait avéré, c’est que la plus haute sainteté humaine reconnue et vénérée par l’Eglise est la mère de Jésus Christ.
L'Ancien Testament nous représente Jacob dormant, la tête appuyée sur une pierre, et qui soudainement, perçoit des anges montant et descendant le long d’une échelle dressée entre le ciel et la terre. Jacob nomma ce lieu « Beth-el », la « maison de Dieu ». Marie, dont la maternité fut la condition humaine de l'Incarnation, incarne elle-même cette échelle, un axis mundi qui fait la jonction entre le ciel et la terre.
Dans le livre d’Ezéchiel, la prophétie se rapporte au temple futur de la Sainte Vierge  en ces termes : « ce porche sera fermé ; on ne l'ouvrira pas, on n'y passera pas, car Yahvé, le Dieu d'Israël, y est passé ; ce même principe s’appliquera pour la virginité et la maternité de Marie ».
Par ailleurs, dans le livre des Proverbes est mise en scène la sagesse divine personnifiée. Les Eglises byzantine et latine ont toutes deux établi un rapprochement métonymique entre la divine Sagesse et Marie : car Marie est la maison bâtie par la Sagesse ; elle est, après le Christ lui-même, la plus importante hiérophanie de ce monde.
Un des tropaires de ce jour établit un autre lien entre la conception du Christ-lumière, si chère à la piété byzantine, et celle de la Théotokos. Il dit :

« Ta naissance, ô Vierge mère de Dieu, a annoncé la joie au monde entier, car de toi est sorti, rayonnant, le soleil de justice, Christ, notre Dieu ».

Père Théodore

lundi 5 septembre 2011

L'année liturgique


Au début de septembre, les Eglises de rites byzantins invitent leurs fidèles à débuter un cycle de prières et de commémoraisons qui rythme l'année « liturgique » ou « ecclésiastique ».
Rappelons que la liturgie s’entend comme un ensemble de « signes » sacrés qui, dans la pensée et le désir de l'Eglise, ont un effet présent. Chaque fête liturgique se conçoit comme un renouvellement et « canalise », en quelque sorte, l'évènement dont elle figure le symbole ; elle arrache cet évènement au passé et nous le rend contemporain ; elle nous offre la grâce pure, en devient le « signe efficace » ; cette efficacité agit en correspondance avec une disposition d'âme adéquate. Par le truchement de l'année liturgique, nous, les chrétiens, sommes en communion intime avec le Christ : car nous sommes appelés à revivre toute sa vie ; nous sommes exhortés à nous unir à lui, le Christ naissant, croissant, souffrant, mourant, triomphant et inspirant son Eglise; c'est le Christ Lui-même : « Annus est Christus ».
La vie liturgique ne doit pas s’appréhender comme une fin en soi. Elle est plutôt une échelle intermédiaire pour atteindre le royaume de Dieu, qui « est au-dedans de nous ». L'année liturgique acquiert son vrai sens à condition de la considérer comme une adoration remplie d’esprit et de vérité.
Seigneur Jésus-Christ, nous te regardons et écoutons tes promesses ; fais-nous maintenant entendre, d'une manière toute personnelle et intime, cette assurance qu’: «Aujourd'hui s'accomplit à tes oreilles ce passage de l'Ecriture ».
Cette année qui commence peut se révéler encore pour nous comme « un an de grâce du Seigneur ». Nous ne savons à l’avance si nous aurons la force et la grâce de persévérer ; du moins nous pouvons, en ce premier jour, regarder vers notre Seigneur dans un esprit de foi et de consécration.

Père Théodore

vendredi 2 septembre 2011

Emission RCF-Bordeaux : Changement d'horaires

                                                                             

Nous vous informons que les interventions du Père Théodore à la Radio RCF - Bordeaux seront retransmises dorénavant tous les lundi (au lieu du vendredi habituellement), à 11h53, et en direct, pendant toute la saison 2011/2012, à partir du 5 septembre, dans l'émission "Par ici la sortie".

Retrouvez toutes les informations (fréquences, écoute en ligne) dans la rubrique "Radio RCF" du blog, ainsi que sur le site de la Radio RCF-Bordeaux


lundi 15 août 2011

L'Assomption de la Sainte Vierge Marie





Dans le canon qu’il écrivit sur l’Annonciation de la Théotokos, Saint Jean Damascène commence en ces termes :
« Ô Toi, Arche Vivante de Dieu, nulle main impure ne peut le toucher… » Ainsi, Uzza comme il étendit la main pour toucher l’arche sainte, mais sans âme, fut-il instantanément tué par Dieu, ainsi rapporte la tradition ; tandis que les Saints Apôtres enterraient son corps incorruptible, le juif Jéphonias tendit les mains pour toucher l’Arche vivifiante de la Toute-Sainte et les vit aussitôt coupées et tombées sur le lit funéraire.

Dans les Livres de notre église, la Dormition de la Théotokos que l’on fête le 15 août, le Synaxaire dit : « Le 15 août mémorise la Métastase de notre Glorieuse Maîtresse, la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie ». Par la suite, le Synaxaire fait le récit intégral de la Métastase de la Toute-Sainte (Ascension), tel que nous l’a transmis la tradition, puisque les Evangiles ne disent rien sur Sa Dormition (Koimesis).

Quand le moment fut venu d’appeler près de Lui sa Mère, trois jours avant la Dormition le Christ envoya l’Archange Gabriel, celui-là même qui lui annonça la bonne nouvelle. L’Archange descendit près d’Elle, lui donna une branche de palmier. Peut-être en ce geste se cache-t-il un profond symbole ? Il lui annonce la divine Migration de la terre au ciel, de la vie éphémère à la vie éternelle. La Toute-Sainte Vierge se réjouit à l’écoute de la Parole angélique.

Auparavant, Elle s’était rendue au Mont des Oliviers pour prier et rendre grâces à Dieu. Alors qu’elle montait, les arbres, comme de la matière vivante, s’inclinaient et se prosternaient devant Elle. Il était notoirement connu que Marie priait des heures durant en ce lieu. Saint André de Crète rapporte que les pierres de la terre s’étaient creusées en de nombreuses cavités sous l’effet de ses fréquentes prosternations. Et ces cavités, le Saint les a vues en son temps : « Des inclinations de Ses genoux, les pierres ont été percées et criées ».

Après de longues prières, la Toute-Sainte retourna chez Elle. En chemin, Elle sentit un terrible tremblement traversé son corps. En arrivant dans Sa demeure, Elle alluma toutes les lumières, appela ses voisins et ses proches. Elle met en ordre sa maison et prépare son lit mortuaire et explique ce que Dieu lui a révélé. Elle montre la branche de palmier tandis que les invités commencent à pleurer. La Toute-Sainte les console et leur dit que depuis le ciel Elle les protégera, les apaisera. Aussitôt on entendit le tonnerre. En grand nombre les nuées recouvrent la maison de Marie, et l’un après l’autre, les Saints Apôtres commencèrent à descendre, arrivant des « confins de la terre » ainsi que le dit l’hymnographe. Les nuées sont allées chercher les Apôtres, dispersés de par le monde. Ils se retrouvent tous réunis devant le corps incorruptible de Marie. En compagnie des Saints Apôtres se trouvent aussi Saint Denys l’Aréopagite, son maître Saint Hiérothée, l’Apôtre Timothée, d’autres hiérarques et l’Apôtre Paul de Tarse. Des larmes mêlées de joie et de tristesse inondent leurs yeux. La Toute-Sainte leur fait Ses adieux ; Elle prie avec ferveur son Divin Fils, pour eux, pour la paix dans le monde et leur purification. Elle s’allonge sur le lit mortuaire qu’Elle-même avait préparé. Puis Elle remet son âme très sainte dans les mains de Son Fils, venu la recueillir. L’iconographie byzantine a figuré ce moment : debout derrière le corps « endormi » de la Vierge Marie, le Christ tient en ses mains Son âme, sous la forme d’un petit enfant, pour la conduire vers le ciel. Après avoir chanté Ses louanges, les Saints Apôtres soulèvent le lit mortuaire et à la lueur des bougies et aux accents des hymnes funéraires, partent enterrer à Gethsémani le corps incorruptible et divinisé de la Mère de Dieu. Le chœur des Anges accompagne le cortège.

Au même moment, les Juifs, à ces miracles, sont saisis de jalousie et préméditent de détruire et de souiller la couche funèbre de Marie. Ils n’ont pas le temps d’agir, car ils sont tous instantanément aveuglés. Et voici qu’un juif, du nom de Jéphonias, s’approchant du corps incorruptible de la Mère de Dieu, voit ses mains coupées. Certains d’entre les Juifs se sont plus tard repentis ; ils ont cru, et de nouveau ils ont vu la lumière. C’est ainsi que Jéphonias retrouva de nouveau ses mains.

Arrivant à Gethsémani, les Apôtres  enterrent avec les honneurs le corps très saint de la Théotokos. Ils y restent trois jours, en écoutant, jour et nuit, les hymnes que chantent les Anges. Selon la divine économie, il y eut un absent de marque à l’enterrement : Saint Thomas (encore lui), arrivé le troisième jour. Il était rempli de tristesse de n’avoir pas eu le privilège – comme les autres Apôtres – de participer et d’assister aux funérailles. Alors ses compagnons lui ouvrent le tombeau pour qu’il puisse se prosterner devant le corps de la Sainte Vierge. Mais, avec admiration et stupéfaction, tous constatent la tombe vide ! N’y subsistait, comme au jour de la Résurrection du Christ, que le linceul. Aussitôt, devant le tombeau vide de Marie, les Apôtres s’agenouillent et se prosternent. La Métastase (Assomption) de la Vierge Sainte est accomplie.

De nombreux théologiens, - la Dormition n’étant pas mentionnée, ni dans le Nouveau Testament, ni dans les Actes des Apôtres, ni dans les décisions œcuméniques -, considèrent le thème de la Divine Métastase comme relevant du corpus des  « theologomena » (« l’opinion, l’interprétation théologique »), étant donné que les autres homologies ne le rejettent pas. Mais il faut tenir compte, particulièrement en ce qui concerne la Métastase de la Théotokos, des plus beaux hymnes que notre Eglise consacre à la Sainte Vierge. La tradition des Pères Théophores ne peut nier le miracle de la Métastase de la Toute-Sainte. Un miracle analogue à celui de l’Ascension du Christ. Selon Saint Ephraïm de Syros, par l’Ascension et la Métastase, Adam et Eve revêtent une nouvelle corporéité, celle de Jésus et de Marie, Nouvel Adam et nouvelle Eve.

Dans ses superbes homélies à la Dormition de la Théotokos, Saint André de Crète éclaire le mystère du transfert du corps de Marie. Ce corps n’est pas la chair corruptible de sa vie terrestre, mais le corps glorieux, incorruptible et spirituellement « changé » tel que Saint Paul le décrit : « …et les morts ressusciteront, incorruptibles, et nous, nous serons transformés. Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité. Cet insondable mystère de la Métastase, le chrétien ne peut le comprendre sans « le rayon divin de la surveillance mystique » qui seul nous permettra d’en scruter la profondeur. C’est par une vie sainte que le corps de tous les chrétiens est promis à la déification, cette fin dernière de chaque fidèle. Le terme « Métastase » fut sujet à controverses. Le corps incorruptible de la Toute-Sainte, une fois ressuscité et monté aux cieux comme celui de Son Fils Jésus-Christ, pourquoi en effet, n’emploie-t-on pas les termes de Résurrection et Ascension ?

Les Saints Pères répondent :

a/La Résurrection et l’Ascension de la Sainte Vierge ne sont pas citées dans les Evangiles, comme c’est le cas pour Jésus ;
b/La Résurrection et l’Ascension de la Théotokos est un « dogme mystique » de l’Eglise et non un « kérygme », et pour cette raison, caché en silence et en secret par les Saints Pères. Ainsi Saint Basile dit : « les dogmes se taisent, les kérygmes se publient » ;
c/Le sens du terme « Métastase » est plus universel (orthodoxe) que ceux de Résurrection et Ascension, car il les englobe tous deux.

Nombreuses sont les fleurs patristiques hymnographiques, dédiées à la Métastase de la Toute-Sainte, nombreux sont ses fidèles. Là où il y a une église, l’âme douloureuse de l’homme s’épanche devant l’icône de la Sainte Vierge et y dépose la charge de ses peines. Elle est partout honorée et tout particulièrement en Grèce où églises de villes et églises de villages portent son nom. Durant le mois d’août, qui lui est consacré, la fête de la Dormition de la Sainte Vierge est Métastase, voit la profondeur de ses crimes et l’espoir de sa propre Métastase. Le tombeau de la Toute-Sainte n’est pas seulement son « échelle du ciel », mais aussi celle de chaque fidèle qui se bat au-dessus de la Croix du Christ. La mémoire de la Dormition « n’est pas triste, et de deuil, mais joyeuse et réjouissante ».

Saint Grégoire Palamas dit : « Sa mort est vivifiante, elle va vers la vie immortelle du ciel, et sa fête est joyeuse et universelle ».
Saint André de Crète dit : « Ne pleure pas Jérusalem, la fête d’aujourd’hui n’est pas triste, mais joyeuse ».
Saint Jean Damascène s’adressant à la Théotokos dit : « Ô Mère de Dieu, la mort n’a pu te toucher, mais tu l’as calmée, tu as dissous la tristesse et à la mort tu as montré la joie ».
Mais la joie de la fête, pour être pure, doit puiser ses vertus dans de bonnes œuvres. Rappelons-nous les mots de Saint Jean Chrystostome : « La fête qui est réjouissance spirituelle doit être accompagnée par de bonnes œuvres ».
Saint Nicodème nous conseille de faire de nos cœurs l’habitation des vertus de la Sainte Vierge. Nous devons garder nos cœurs purs comme Elle, pour en obtenir la grâce. La Saint Vierge se réjouit du jeûne, de la tempérance, de la sagesse et de l’humilité.

Que la Toute-Sainte intercède auprès de Son Fils, notre Dieu, pour nous pardonner, nous purifier, et nous mettre dans le sein d’Abraham, dans le Jardin d’Eden, là où il n’y a ni douleur, ni tristesse, mais la vie éternelle.

Père Théodore

mercredi 20 juillet 2011

Le Prophète Élie


 
La tradition chrétienne considère Élie comme le plus grand des prophètes. Le mont Carmel, sur lequel il a offert le sacrifice et où le feu est descendu du ciel et a dévoré les animaux destinés au sacrifice ; le mont Sinaï, lieu de la révélation du prophète ; le mont Thabor où notre Seigneur lui ait apparu : les sommets montagneux cités à sa gloire sont autant de passages célèbres qui témoignent l’importance d’Élie dans l’histoire du christianisme.

Paradoxalement, bien qu’il n’ait laissé aucune trace écrite, la présence du prophète est attestée dans les récits des Ancien et Nouveau Testaments. La Bible indique qu’il vécut au VIIIe siècle av. J.-.C. , précisément durant l’apostasie du roi Achab d’Israël, à qui le prophète a prédit la sécheresse comme punition divine. Dieu protégea Élie, car le roi voulait le faire assassiner. Mais le prophète n’est pas mort, mais parti au ciel… et il reviendra !

Cet épisode biblique peut se résumer ainsi : Élie intercéda auprès de Dieu et annonça à Achab le châtiment qui frappera son royaume : « Il n’y aura durant ces années-ci ni rosée, ni pluie, sinon à ma parole ! ». La sècheresse prophétisée fit rage et le torrent s’assécha. Par la suite, Yahvé envoya Élie à Sarepta, cité où il accomplit plusieurs miracles : la multiplication des provisions de la veuve qui l’hébergea et la résurrection de son fils par la prière. Après quoi il retourna auprès du roi Achab pour lui demander de rassembler au mont Carmel tout Israël, et particulièrement les prophètes de Baal, les prophètes de l’Ashérah, qui mangeaient tous à la table de Jézabel (1R 18,16-19). C’est alors que solennellement, et devant tout le monde, Élie confondit les prêtres de Baal :

« (…) et le feu de Yahvé tomba et dévora l’holocauste et le bois, les pierres et la poussière, et il lampa l’eau qui était dans la rigole. Tout le peuple vit la chose. Ils tombèrent sur leur force et dirent : « C’est Yahvé qui est Dieu ». Et Élie leur dit : « Saisissez les prophètes de Baal, que pas un d’eux n’échappe » (v. 38-40). Et la pluie se mit à tomber ».
 
  

Les menaces de Jézabel firent fuir le prophète qui chercha à « sauver sa vie ». Au cours d’une longue marche dans le désert, Dieu le réconforta : « Va ! Retourne par ton chemin à travers le désert vers Damas » (1 R 19,15).

Quelques années plus tard, Élie condamna le roi Ochozias pour son impiété à l’égard de Yahvé. Puis mystérieusement, il disparut, après avoir légué à  son disciple Elisée une double part de son esprit prophétique:

 _Élie demande : « que puis-je faire pour toi, avant que je sois enlevé d’auprès de toi?
 _Élisée répondit : « Que me revienne une double part de ton esprit ! »
 _Élie dit : « Tu me demandes une chose difficile ; mais si tu me vois tandis que je serai enlevé d'auprès de toi, il en sera ainsi pour toi : sinon, il n'en sera pas ainsi ».
Ils marchaient tout en parlant et voici qu'un char de feu et des chevaux de feu s'interposèrent entre eux deux : Élie monta aux cieux dans le tourbillon ».




En Israël naquit alors très tôt la conviction d’un retour imminent d’Elie. Dieu dit ainsi : « Voici que moi, Je vous envoie le prophète Elie, avant que vienne le jour de Yahvé, jour grand et terrible ». Cette croyance restait très vivante parmi les contemporains de Jésus, au point qu’une partie de l'opinion juive eût confondu la personne de Jésus avec le prophète Élie revenu sur terre. Ce contexte explique aussi la question que se posaient Pierre, Jacques et Jean, après avoir contemplé Élie conversant avec Jésus transfiguré (Mt 17,9-13). Les similitudes entre le prophète et le Messie sont révélées par Saint Luc. A Naïm, Jésus ressuscita le fils d'une veuve, comme Élie avait rendu à sa mère l'enfant mort de Sarepta (Lc 7,11-16). Ailleurs, Luc écrit que Jésus, comme Élie, vint apporter le feu sur la terre (Lc 12,49), à la différence près qu’il ne s’agit plus du feu vengeur qui avait puni les soldats d'Ochozias, mais du feu de l’Esprit Saint. Enfin, à Gethsémani, un ange vint consoler Jésus, de même qu’Élie fut réconforté dans le désert (Lc 22,43) ; mais tandis que le prophète demandait la mort par désespoir, le Messie donne sa vie librement pour le salut de tous.

Chantons quelques hymnes dédiés à la gloire prophète Élie :


« L’ange de la chair, le glorieux Élie,

Le socle des prophètes divins,
Le second précurseur de la venue du Christ,
Celui qui du ciel envoie la grâce sur Elisée,
Chasse au loin les maladies
Et purifie les lépreux ;
Sur ceux qui le vénèrent il fait jaillir les guérisons »

« Prophète au nom sublime, Saint Élie,
Toi qui vis d’avance les hauts faits de notre Dieu
Et soumis à ta parole les mères porteuses de
Pluie, auprès du seul Ami des hommes, intercède pour nous tous »