lundi 12 septembre 2011

Nativité de la Sainte Vierge Marie - « Théotokos »


La première grande fête du cycle des Saints qui intervient après le début de l'année liturgique est consacrée à la nativité de la bienheureuse Vierge Marie. A ce jour, nous ignorons toujours la date historique de la naissance de Marie. La fête du 8 septembre semble avoir pris ses racines au VIe siècle en Syrie ou en Palestine. Rome l'a adoptée par la suite au VIIe siècle. Elle finit par être introduite à Constantinople : un hymne de Saint Romain le Mélode et plusieurs sermons de St André de Crète se réfèrent à elle.
S’il est un fait avéré, c’est que la plus haute sainteté humaine reconnue et vénérée par l’Eglise est la mère de Jésus Christ.
L'Ancien Testament nous représente Jacob dormant, la tête appuyée sur une pierre, et qui soudainement, perçoit des anges montant et descendant le long d’une échelle dressée entre le ciel et la terre. Jacob nomma ce lieu « Beth-el », la « maison de Dieu ». Marie, dont la maternité fut la condition humaine de l'Incarnation, incarne elle-même cette échelle, un axis mundi qui fait la jonction entre le ciel et la terre.
Dans le livre d’Ezéchiel, la prophétie se rapporte au temple futur de la Sainte Vierge  en ces termes : « ce porche sera fermé ; on ne l'ouvrira pas, on n'y passera pas, car Yahvé, le Dieu d'Israël, y est passé ; ce même principe s’appliquera pour la virginité et la maternité de Marie ».
Par ailleurs, dans le livre des Proverbes est mise en scène la sagesse divine personnifiée. Les Eglises byzantine et latine ont toutes deux établi un rapprochement métonymique entre la divine Sagesse et Marie : car Marie est la maison bâtie par la Sagesse ; elle est, après le Christ lui-même, la plus importante hiérophanie de ce monde.
Un des tropaires de ce jour établit un autre lien entre la conception du Christ-lumière, si chère à la piété byzantine, et celle de la Théotokos. Il dit :

« Ta naissance, ô Vierge mère de Dieu, a annoncé la joie au monde entier, car de toi est sorti, rayonnant, le soleil de justice, Christ, notre Dieu ».

Père Théodore

lundi 5 septembre 2011

L'année liturgique


Au début de septembre, les Eglises de rites byzantins invitent leurs fidèles à débuter un cycle de prières et de commémoraisons qui rythme l'année « liturgique » ou « ecclésiastique ».
Rappelons que la liturgie s’entend comme un ensemble de « signes » sacrés qui, dans la pensée et le désir de l'Eglise, ont un effet présent. Chaque fête liturgique se conçoit comme un renouvellement et « canalise », en quelque sorte, l'évènement dont elle figure le symbole ; elle arrache cet évènement au passé et nous le rend contemporain ; elle nous offre la grâce pure, en devient le « signe efficace » ; cette efficacité agit en correspondance avec une disposition d'âme adéquate. Par le truchement de l'année liturgique, nous, les chrétiens, sommes en communion intime avec le Christ : car nous sommes appelés à revivre toute sa vie ; nous sommes exhortés à nous unir à lui, le Christ naissant, croissant, souffrant, mourant, triomphant et inspirant son Eglise; c'est le Christ Lui-même : « Annus est Christus ».
La vie liturgique ne doit pas s’appréhender comme une fin en soi. Elle est plutôt une échelle intermédiaire pour atteindre le royaume de Dieu, qui « est au-dedans de nous ». L'année liturgique acquiert son vrai sens à condition de la considérer comme une adoration remplie d’esprit et de vérité.
Seigneur Jésus-Christ, nous te regardons et écoutons tes promesses ; fais-nous maintenant entendre, d'une manière toute personnelle et intime, cette assurance qu’: «Aujourd'hui s'accomplit à tes oreilles ce passage de l'Ecriture ».
Cette année qui commence peut se révéler encore pour nous comme « un an de grâce du Seigneur ». Nous ne savons à l’avance si nous aurons la force et la grâce de persévérer ; du moins nous pouvons, en ce premier jour, regarder vers notre Seigneur dans un esprit de foi et de consécration.

Père Théodore

vendredi 2 septembre 2011

Emission RCF-Bordeaux : Changement d'horaires

                                                                             

Nous vous informons que les interventions du Père Théodore à la Radio RCF - Bordeaux seront retransmises dorénavant tous les lundi (au lieu du vendredi habituellement), à 11h53, et en direct, pendant toute la saison 2011/2012, à partir du 5 septembre, dans l'émission "Par ici la sortie".

Retrouvez toutes les informations (fréquences, écoute en ligne) dans la rubrique "Radio RCF" du blog, ainsi que sur le site de la Radio RCF-Bordeaux


lundi 15 août 2011

L'Assomption de la Sainte Vierge Marie





Dans le canon qu’il écrivit sur l’Annonciation de la Théotokos, Saint Jean Damascène commence en ces termes :
« Ô Toi, Arche Vivante de Dieu, nulle main impure ne peut le toucher… » Ainsi, Uzza comme il étendit la main pour toucher l’arche sainte, mais sans âme, fut-il instantanément tué par Dieu, ainsi rapporte la tradition ; tandis que les Saints Apôtres enterraient son corps incorruptible, le juif Jéphonias tendit les mains pour toucher l’Arche vivifiante de la Toute-Sainte et les vit aussitôt coupées et tombées sur le lit funéraire.

Dans les Livres de notre église, la Dormition de la Théotokos que l’on fête le 15 août, le Synaxaire dit : « Le 15 août mémorise la Métastase de notre Glorieuse Maîtresse, la Mère de Dieu et toujours Vierge Marie ». Par la suite, le Synaxaire fait le récit intégral de la Métastase de la Toute-Sainte (Ascension), tel que nous l’a transmis la tradition, puisque les Evangiles ne disent rien sur Sa Dormition (Koimesis).

Quand le moment fut venu d’appeler près de Lui sa Mère, trois jours avant la Dormition le Christ envoya l’Archange Gabriel, celui-là même qui lui annonça la bonne nouvelle. L’Archange descendit près d’Elle, lui donna une branche de palmier. Peut-être en ce geste se cache-t-il un profond symbole ? Il lui annonce la divine Migration de la terre au ciel, de la vie éphémère à la vie éternelle. La Toute-Sainte Vierge se réjouit à l’écoute de la Parole angélique.

Auparavant, Elle s’était rendue au Mont des Oliviers pour prier et rendre grâces à Dieu. Alors qu’elle montait, les arbres, comme de la matière vivante, s’inclinaient et se prosternaient devant Elle. Il était notoirement connu que Marie priait des heures durant en ce lieu. Saint André de Crète rapporte que les pierres de la terre s’étaient creusées en de nombreuses cavités sous l’effet de ses fréquentes prosternations. Et ces cavités, le Saint les a vues en son temps : « Des inclinations de Ses genoux, les pierres ont été percées et criées ».

Après de longues prières, la Toute-Sainte retourna chez Elle. En chemin, Elle sentit un terrible tremblement traversé son corps. En arrivant dans Sa demeure, Elle alluma toutes les lumières, appela ses voisins et ses proches. Elle met en ordre sa maison et prépare son lit mortuaire et explique ce que Dieu lui a révélé. Elle montre la branche de palmier tandis que les invités commencent à pleurer. La Toute-Sainte les console et leur dit que depuis le ciel Elle les protégera, les apaisera. Aussitôt on entendit le tonnerre. En grand nombre les nuées recouvrent la maison de Marie, et l’un après l’autre, les Saints Apôtres commencèrent à descendre, arrivant des « confins de la terre » ainsi que le dit l’hymnographe. Les nuées sont allées chercher les Apôtres, dispersés de par le monde. Ils se retrouvent tous réunis devant le corps incorruptible de Marie. En compagnie des Saints Apôtres se trouvent aussi Saint Denys l’Aréopagite, son maître Saint Hiérothée, l’Apôtre Timothée, d’autres hiérarques et l’Apôtre Paul de Tarse. Des larmes mêlées de joie et de tristesse inondent leurs yeux. La Toute-Sainte leur fait Ses adieux ; Elle prie avec ferveur son Divin Fils, pour eux, pour la paix dans le monde et leur purification. Elle s’allonge sur le lit mortuaire qu’Elle-même avait préparé. Puis Elle remet son âme très sainte dans les mains de Son Fils, venu la recueillir. L’iconographie byzantine a figuré ce moment : debout derrière le corps « endormi » de la Vierge Marie, le Christ tient en ses mains Son âme, sous la forme d’un petit enfant, pour la conduire vers le ciel. Après avoir chanté Ses louanges, les Saints Apôtres soulèvent le lit mortuaire et à la lueur des bougies et aux accents des hymnes funéraires, partent enterrer à Gethsémani le corps incorruptible et divinisé de la Mère de Dieu. Le chœur des Anges accompagne le cortège.

Au même moment, les Juifs, à ces miracles, sont saisis de jalousie et préméditent de détruire et de souiller la couche funèbre de Marie. Ils n’ont pas le temps d’agir, car ils sont tous instantanément aveuglés. Et voici qu’un juif, du nom de Jéphonias, s’approchant du corps incorruptible de la Mère de Dieu, voit ses mains coupées. Certains d’entre les Juifs se sont plus tard repentis ; ils ont cru, et de nouveau ils ont vu la lumière. C’est ainsi que Jéphonias retrouva de nouveau ses mains.

Arrivant à Gethsémani, les Apôtres  enterrent avec les honneurs le corps très saint de la Théotokos. Ils y restent trois jours, en écoutant, jour et nuit, les hymnes que chantent les Anges. Selon la divine économie, il y eut un absent de marque à l’enterrement : Saint Thomas (encore lui), arrivé le troisième jour. Il était rempli de tristesse de n’avoir pas eu le privilège – comme les autres Apôtres – de participer et d’assister aux funérailles. Alors ses compagnons lui ouvrent le tombeau pour qu’il puisse se prosterner devant le corps de la Sainte Vierge. Mais, avec admiration et stupéfaction, tous constatent la tombe vide ! N’y subsistait, comme au jour de la Résurrection du Christ, que le linceul. Aussitôt, devant le tombeau vide de Marie, les Apôtres s’agenouillent et se prosternent. La Métastase (Assomption) de la Vierge Sainte est accomplie.

De nombreux théologiens, - la Dormition n’étant pas mentionnée, ni dans le Nouveau Testament, ni dans les Actes des Apôtres, ni dans les décisions œcuméniques -, considèrent le thème de la Divine Métastase comme relevant du corpus des  « theologomena » (« l’opinion, l’interprétation théologique »), étant donné que les autres homologies ne le rejettent pas. Mais il faut tenir compte, particulièrement en ce qui concerne la Métastase de la Théotokos, des plus beaux hymnes que notre Eglise consacre à la Sainte Vierge. La tradition des Pères Théophores ne peut nier le miracle de la Métastase de la Toute-Sainte. Un miracle analogue à celui de l’Ascension du Christ. Selon Saint Ephraïm de Syros, par l’Ascension et la Métastase, Adam et Eve revêtent une nouvelle corporéité, celle de Jésus et de Marie, Nouvel Adam et nouvelle Eve.

Dans ses superbes homélies à la Dormition de la Théotokos, Saint André de Crète éclaire le mystère du transfert du corps de Marie. Ce corps n’est pas la chair corruptible de sa vie terrestre, mais le corps glorieux, incorruptible et spirituellement « changé » tel que Saint Paul le décrit : « …et les morts ressusciteront, incorruptibles, et nous, nous serons transformés. Il faut en effet que cet être corruptible revête l’incorruptibilité, que cet être mortel revête l’immortalité. Cet insondable mystère de la Métastase, le chrétien ne peut le comprendre sans « le rayon divin de la surveillance mystique » qui seul nous permettra d’en scruter la profondeur. C’est par une vie sainte que le corps de tous les chrétiens est promis à la déification, cette fin dernière de chaque fidèle. Le terme « Métastase » fut sujet à controverses. Le corps incorruptible de la Toute-Sainte, une fois ressuscité et monté aux cieux comme celui de Son Fils Jésus-Christ, pourquoi en effet, n’emploie-t-on pas les termes de Résurrection et Ascension ?

Les Saints Pères répondent :

a/La Résurrection et l’Ascension de la Sainte Vierge ne sont pas citées dans les Evangiles, comme c’est le cas pour Jésus ;
b/La Résurrection et l’Ascension de la Théotokos est un « dogme mystique » de l’Eglise et non un « kérygme », et pour cette raison, caché en silence et en secret par les Saints Pères. Ainsi Saint Basile dit : « les dogmes se taisent, les kérygmes se publient » ;
c/Le sens du terme « Métastase » est plus universel (orthodoxe) que ceux de Résurrection et Ascension, car il les englobe tous deux.

Nombreuses sont les fleurs patristiques hymnographiques, dédiées à la Métastase de la Toute-Sainte, nombreux sont ses fidèles. Là où il y a une église, l’âme douloureuse de l’homme s’épanche devant l’icône de la Sainte Vierge et y dépose la charge de ses peines. Elle est partout honorée et tout particulièrement en Grèce où églises de villes et églises de villages portent son nom. Durant le mois d’août, qui lui est consacré, la fête de la Dormition de la Sainte Vierge est Métastase, voit la profondeur de ses crimes et l’espoir de sa propre Métastase. Le tombeau de la Toute-Sainte n’est pas seulement son « échelle du ciel », mais aussi celle de chaque fidèle qui se bat au-dessus de la Croix du Christ. La mémoire de la Dormition « n’est pas triste, et de deuil, mais joyeuse et réjouissante ».

Saint Grégoire Palamas dit : « Sa mort est vivifiante, elle va vers la vie immortelle du ciel, et sa fête est joyeuse et universelle ».
Saint André de Crète dit : « Ne pleure pas Jérusalem, la fête d’aujourd’hui n’est pas triste, mais joyeuse ».
Saint Jean Damascène s’adressant à la Théotokos dit : « Ô Mère de Dieu, la mort n’a pu te toucher, mais tu l’as calmée, tu as dissous la tristesse et à la mort tu as montré la joie ».
Mais la joie de la fête, pour être pure, doit puiser ses vertus dans de bonnes œuvres. Rappelons-nous les mots de Saint Jean Chrystostome : « La fête qui est réjouissance spirituelle doit être accompagnée par de bonnes œuvres ».
Saint Nicodème nous conseille de faire de nos cœurs l’habitation des vertus de la Sainte Vierge. Nous devons garder nos cœurs purs comme Elle, pour en obtenir la grâce. La Saint Vierge se réjouit du jeûne, de la tempérance, de la sagesse et de l’humilité.

Que la Toute-Sainte intercède auprès de Son Fils, notre Dieu, pour nous pardonner, nous purifier, et nous mettre dans le sein d’Abraham, dans le Jardin d’Eden, là où il n’y a ni douleur, ni tristesse, mais la vie éternelle.

Père Théodore

mercredi 20 juillet 2011

Le Prophète Élie


 
La tradition chrétienne considère Élie comme le plus grand des prophètes. Le mont Carmel, sur lequel il a offert le sacrifice et où le feu est descendu du ciel et a dévoré les animaux destinés au sacrifice ; le mont Sinaï, lieu de la révélation du prophète ; le mont Thabor où notre Seigneur lui ait apparu : les sommets montagneux cités à sa gloire sont autant de passages célèbres qui témoignent l’importance d’Élie dans l’histoire du christianisme.

Paradoxalement, bien qu’il n’ait laissé aucune trace écrite, la présence du prophète est attestée dans les récits des Ancien et Nouveau Testaments. La Bible indique qu’il vécut au VIIIe siècle av. J.-.C. , précisément durant l’apostasie du roi Achab d’Israël, à qui le prophète a prédit la sécheresse comme punition divine. Dieu protégea Élie, car le roi voulait le faire assassiner. Mais le prophète n’est pas mort, mais parti au ciel… et il reviendra !

Cet épisode biblique peut se résumer ainsi : Élie intercéda auprès de Dieu et annonça à Achab le châtiment qui frappera son royaume : « Il n’y aura durant ces années-ci ni rosée, ni pluie, sinon à ma parole ! ». La sècheresse prophétisée fit rage et le torrent s’assécha. Par la suite, Yahvé envoya Élie à Sarepta, cité où il accomplit plusieurs miracles : la multiplication des provisions de la veuve qui l’hébergea et la résurrection de son fils par la prière. Après quoi il retourna auprès du roi Achab pour lui demander de rassembler au mont Carmel tout Israël, et particulièrement les prophètes de Baal, les prophètes de l’Ashérah, qui mangeaient tous à la table de Jézabel (1R 18,16-19). C’est alors que solennellement, et devant tout le monde, Élie confondit les prêtres de Baal :

« (…) et le feu de Yahvé tomba et dévora l’holocauste et le bois, les pierres et la poussière, et il lampa l’eau qui était dans la rigole. Tout le peuple vit la chose. Ils tombèrent sur leur force et dirent : « C’est Yahvé qui est Dieu ». Et Élie leur dit : « Saisissez les prophètes de Baal, que pas un d’eux n’échappe » (v. 38-40). Et la pluie se mit à tomber ».
 
  

Les menaces de Jézabel firent fuir le prophète qui chercha à « sauver sa vie ». Au cours d’une longue marche dans le désert, Dieu le réconforta : « Va ! Retourne par ton chemin à travers le désert vers Damas » (1 R 19,15).

Quelques années plus tard, Élie condamna le roi Ochozias pour son impiété à l’égard de Yahvé. Puis mystérieusement, il disparut, après avoir légué à  son disciple Elisée une double part de son esprit prophétique:

 _Élie demande : « que puis-je faire pour toi, avant que je sois enlevé d’auprès de toi?
 _Élisée répondit : « Que me revienne une double part de ton esprit ! »
 _Élie dit : « Tu me demandes une chose difficile ; mais si tu me vois tandis que je serai enlevé d'auprès de toi, il en sera ainsi pour toi : sinon, il n'en sera pas ainsi ».
Ils marchaient tout en parlant et voici qu'un char de feu et des chevaux de feu s'interposèrent entre eux deux : Élie monta aux cieux dans le tourbillon ».




En Israël naquit alors très tôt la conviction d’un retour imminent d’Elie. Dieu dit ainsi : « Voici que moi, Je vous envoie le prophète Elie, avant que vienne le jour de Yahvé, jour grand et terrible ». Cette croyance restait très vivante parmi les contemporains de Jésus, au point qu’une partie de l'opinion juive eût confondu la personne de Jésus avec le prophète Élie revenu sur terre. Ce contexte explique aussi la question que se posaient Pierre, Jacques et Jean, après avoir contemplé Élie conversant avec Jésus transfiguré (Mt 17,9-13). Les similitudes entre le prophète et le Messie sont révélées par Saint Luc. A Naïm, Jésus ressuscita le fils d'une veuve, comme Élie avait rendu à sa mère l'enfant mort de Sarepta (Lc 7,11-16). Ailleurs, Luc écrit que Jésus, comme Élie, vint apporter le feu sur la terre (Lc 12,49), à la différence près qu’il ne s’agit plus du feu vengeur qui avait puni les soldats d'Ochozias, mais du feu de l’Esprit Saint. Enfin, à Gethsémani, un ange vint consoler Jésus, de même qu’Élie fut réconforté dans le désert (Lc 22,43) ; mais tandis que le prophète demandait la mort par désespoir, le Messie donne sa vie librement pour le salut de tous.

Chantons quelques hymnes dédiés à la gloire prophète Élie :


« L’ange de la chair, le glorieux Élie,

Le socle des prophètes divins,
Le second précurseur de la venue du Christ,
Celui qui du ciel envoie la grâce sur Elisée,
Chasse au loin les maladies
Et purifie les lépreux ;
Sur ceux qui le vénèrent il fait jaillir les guérisons »

« Prophète au nom sublime, Saint Élie,
Toi qui vis d’avance les hauts faits de notre Dieu
Et soumis à ta parole les mères porteuses de
Pluie, auprès du seul Ami des hommes, intercède pour nous tous »


mercredi 29 juin 2011

La fête des Saints Protocoryphées Pierre et Paul, le 29 juin

 L’iconographie orthodoxe propose plusieurs représentations des saints Pierre et Paul :

_L’une d’entre elles – et sans doute la plus connue –, l’icône dite de « l’accolade » (« ασπασμός »), porte l’accent sur la "conciliarité" des deux coryphées et apôtres : lors du premier concile de l'Eglise à Jérusalem (en 48 ou 49), ils s'entrelacent dans un mouvement circulaire qui scelle l'unité de l'Eglise.



_Dans une autre, peinte dans le style de l'école de Jérusalem, les deux apôtres se tiennent dans une posture droite, à l’image des deux fondements de l'Eglise et portent tous deux une représentation miniature de l'Eglise indivise ; Saint Pierre tient les clés du royaume, tandis que Saint Paul porte l'épée « qui tranche la parole de la vérité » ou l'évangile selon les représentations ; le Christ, figuré, les bénit du ciel avec ses deux mains, geste signifiant l’importance de la conciliarité dans la primauté de l'Eglise Orthodoxe.



 Les hymnes dédiés à cette fête louent les deux apôtres en tant que coryphées, premiers parmi les apôtres. Indépendamment de la nature de chacun, ils collaborent ensemble au tracé des grandes lignes directrices de la foi.

L’histoire de l’apôtre Pierre est bien connue : en signe de sa vocation et dévotion inédites au sein de la communauté « protochrétienne », le Christ en personne lui donna son nouveau nom (Jn1, 42) : « devenir un roc qui affermit ses frères dans la foi (Lc 22,32) », telle est la signification que lui confère l’onomastique biblique. Pierre connut l’emprisonnement, puis la délivrance suite à une angélophanie (Ac 5, 19). Son exécution eut lieu lors du règne sanglant de Néron. La tradition indique que sa dernière volonté fut d’être crucifié à l’envers, c’est-à-dire la tête en bas, se sentant indigne de mourir de la même manière que son Seigneur.

Paul de Tarse connut un parcours apostolique bien différent : persécuteur acharné des disciples du Christ à l’origine, il fut notamment témoin de la lapidation d'Etienne (Ac7, v 58). Puis la théophanie du Christ sur le chemin de Damas le rendit aveugle. Finalement il guérit de sa cécité après qu'Ananias, averti par le Seigneur, lui imposa les mains. Il fut baptisé et prêcha la parole de Jésus jusqu’à son martyr qu’il subit à Rome en 68.  

L'alliance entre Pierre et Paul est immortalisée sur des verres à fond d'or retrouvés dans les catacombes romaines. Bien qu’ayant l’un l’autre des pensées diamétralement opposées au début de leur ministère, l’entrelacement des deux apôtres représenté sur les icônes témoigne d’un fort sentiment de paix et d’unité retrouvée (ce qui n’empêche pas Paul d’affronter son condisciple lorsque Képhas (nom araméen de Pierre) vient dans son tort (Gal 2,11)). Le tabou fut brisé pour que l'Eglise devienne universelle et prenne ses distances du judaïsme. Paul prêcha le Christ crucifié, et de nombreux païens embrassèrent la cause et les doctrines chrétiennes. Il figure aux côtés de Pierre sur l'icône de la Pentecôte, alors même qu’il n’est pas encore membre du corps apostolique. Pierre embrasse alors Paul en disant: « Paul, mon frère! »

Les deux piliers de l'Eglise universelle demeurent encore aujourd’hui nos guides dans la recherche de l'unité. Les deux Eglises Orthodoxe et Catholique ont adapté et mis en application la morale de ces icônes, et c’est ainsi que le 29 juin, une délégation du Patriarcat Œcuménique, conduite par notre métropolite Mgr Emmanuel, se rendra au siège du Vatican,  étant donné que Pierre est l'apôtre par excellence de l'église-soeur latine.

Que le Seigneur, par l'intercession des saints apôtres Pierre et Paul, veille à ce que le dialogue œcuménique progresse afin que, oubliant les erreurs du passé et éludant les divergences et les querelles dogmatiques, les croyants de toutes confessions confondues puissent atteindre ensemble la pleine unité, qui n’est autre que la volonté de notre Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu!

Père Théodore

mercredi 22 juin 2011

La douleur et sa consolation

                                                                           
La douleur est un phénomène général et son spectre couvre malheureusement toutes les époques et tous les hommes. Aucun être humain n'a passé sa vie sur terre sans endurer une douleur : la maladie dévore l'organisme corporel d'un membre tandis qu'en même temps, elle afflige les âmes de son entourage ; la pauvreté et le chômage apportent perplexité et désespoir ; la haine et la discorde ne laissent jamais "le pain doux" ; la calomnie et l'injustice souillent la considération et nuisent aux innocents. Selon un dicton, "la vie ressemble à une lyre à sept cordes, dont six jouent la tristesse et une seule la joie".

La douleur la plus terrible que l'âme peut endurer est sans doute la perte d'un être cher. Cette douleur, tout le monde, à tour de rôle, la supporte. On ressent un besoin sensible que les autres viennent auprès de nous pour compatir, montrer leur sympathie, et alléger notre peine. D'ailleurs, depuis toujours les humains expriment des condoléances de façon philanthropique et fraternelle. Parfois, certains ne savent pas très bien consoler les autres. Ils posent des questions fades qui rouvrent les plaies plutôt que de les soulager.

La consolation pour ceux qui sont en deuil est peut-être la relation sociale la plus fine. Nous devons faire très attention à nos paroles et à notre comportement. Nous faisons une erreur lorsque nous disons "ne pleure pas", et parfois nous prenons une position dure, parce que l'autre n’arrive pas à retenir ses larmes.

On entend à ce sujet de nombreux proverbes et citations: « les larmes sont la douleur de l'âme qui s'humidifie » ; "jamais de feu n'a été allumé dans le fond de mon cœur qu'une  larme n’ait pu éteindre" ; ou encore "ô mes larmes cessez, cessez! Je vous aime, car vous, uniquement, êtes restées dans ma vie. Si même vous n'étiez pas là, moi je ne serais pas là..." Aussi, au lieu de dire "ne pleure pas", vaut-il mieux que « nous pleurions avec ceux qui pleurent », comme disait Saint Paul (Rom.12, 15). Nous devons partager avec les autres leur tristesse et leurs larmes : "souffre avec les souffrants et pleure avec les pleurants", préconisait Saint Basile. Les larmes des autres, c'est peut-être ce qu'il y a de plus sacré que nous puissions offrir à l'autel de l'amour. L'histoire du monde ne s'est pas arrêtée à la croix du Golgotha ; par la tombe vide, c'est la Résurrection et la vie qui jaillissent.

Seigneur, si c'est Ta volonté que je souffre, alors apprends-moi comment supporter  et avec la douleur, donne-moi la force de la supporter.
Seigneur, prends notre main et notre cœur, et conduis-nous loin de la tempête de la douleur, dans une vie joyeuse et paisible!
« Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Apocalypse 21, 4) : c'est la voie de l'éternité!

Père Théodore

dimanche 19 juin 2011

Fête du Fleuve à Bordeaux : "La Saga du Burdigala"


L'épave du paquebot BURDIGALA, le seul grand bateau qui a porté le nom du Bordeaux antique, a été retrouvée par les géologues de l'université de Patras et les plongeurs spécialisés de l'association Téthys. L'épave gît à 75 mètres de profondeur tout près de l'île de Kéa. Le bateau a été localisé en 2007 et a fait l'objet de fouilles en 2008 et 2010. A l'occasion de "Bordeaux fête le fleuve", les 18 et 19 juin 2011, une exposition était consacrée à l'histoire du navire et aux travaux de recherches engagés par les Grecs. L'hommage était donc rendu aux plongeurs. L'un d'entre eux, George Karélas, était présent sur le site et proposait une visite commentée des recherches engagées. Spécialiste de la plongée grande profondeur, il est également un producteur de vins important de la région de Patras.
Une fiche technique détaillée du Paquebot et de l'exposition qui lui est consacrée est consultable sur le site de la "Fête du Fleuve 2011 à Bordeaux":

Jean-Paul Vigneaud, 
Journaliste à "Sud Ouest"

mercredi 15 juin 2011

Le Dimanche de tous les Saints


Pour nos frères Catholiques la fête de tous les Saints a lieu le 1er novembre. A l’origine, elle fut dédiée à tous les martyrs et commença à être célébrée à Antioche au IVe siècle. Les autres Saints furent ajoutés progressivement ; un sermon de Saint Ephrem en l’honneur de cette fête, datant de 373, a été retrouvé de même qu’un second de Saint Jean Chrysostome de 407.

L'Eglise Orthodoxe honore les Saints dimanche prochain à travers leurs reliques, les icônes et les temples qui leur sont dédiés ; elle invoque leurs intercessions et leurs supplications. Saint Damascène dit qu'il faut honorer "les Saints comme amis du Christ, comme enfants et héritiers de Dieu".

 Les canons apostoliques ordonnent aux fidèles pendant les fêtes des jours des Apôtres et des Saints de ne pas travailler, mais de se rassembler dans les cimetières des martyrs pour leur offrir la divine liturgie.

Par définition, les Saints sont des personnes qui sont parvenus à la « théose » ou la déification : ils évitent le péché que signifie l'étant non naturel de l'âme, en s’efforçant de vivre d’après les prescriptions de la nature et de la volonté de Dieu, afin d’obtenir l'unité avec Dieu par l'Esprit Saint. C’est du Christ que les Saints reçurent leurs vertus ; ils dominèrent la chair, combattirent les démons et vécu Ses passions par les luttes et le martyre du sang et de la conscience. La force, vertu essentielle, est le mystère de la croix et de la résurrection ; elle permet, par la grâce, la proximité avec Dieu et Jésus qui se trouvent au sommet de la hiérarchie divine.

Les Saints font de l'Eglise "l'assemblée des premiers-nés qui sont inscrits dans les cieux" (Hébreu.12, 23). Ils représentent les excellents, les élus, les dignes d'adoption par Dieu, et qui, depuis le début de leur existence terrestre, ont été inscrits dans la Bible (Apoc.20, 12). Certains ont reçu différents attributs, comme les prophéties, le don d'enseigner la parole, les miracles ; seul le Christ avait la totalité des charismes : comme Dieu, il porte globalement l'Esprit Saint, " (…) car il donne l'Esprit sans mesure" (Jean 3,  34).

Les Saints sont nombreux, aussi la plupart sont inconnus ; seul Dieu les connaît tous. Saint Paul parle "d'une si grande nuée de témoins" (Héb.12, 1). Le prophète David écrit que Dieu se sent lié à ses serviteurs authentiques, qu’"Il fera la volonté des craintifs et [qu’] Il attendra leurs supplications". Celui qui honore les Saints honore ainsi Dieu, et celui qui les méprise méprise Dieu" (Luc 10, 16).

Les âmes de Saints se trouvent sous l'autel du ciel et sont récompensées avec un habit blanc" (Apoc.6, 9-11). Dans l’Evangile de Matthieu, Jésus atteste que « qui accueille un prophète en qualité de prophète recevra une récompense de prophète » (Matthieu10, 4).

Par l'intercession de nos Saints, Seigneur, prends pitié de nous ! Amen.

Père Théodore

mercredi 8 juin 2011

La signification du jour de la Pentecôte


D’après les Ecritures, le jour de la Pentecôte se produisit "un grand bruit" venu du ciel, tel un "violent coup de vent", qui s’interprète comme la manifestation symbolique de la présence de Dieu, de la venue de l'Esprit, mais aussi le retour de la théophanie du Sinaï commémorée par la fête juive.
Par ailleurs, ce jour est synonyme du don des langues reçus par les saints apôtres et disciples pour annoncer et propager la Bonne Nouvelle de l'Evangile à tous les hommes, toutes nations confondues. Elle fait écho à l'épisode de la Tour de Babel : les nations divisées se retrouvent en effet unis lors des apparitions de l'Esprit.
Dans l’iconographie orientale, le thème de la Pentecôte est illustré majoritairement à travers sa signification doctrinale, et non à travers l’évocation fournie par les Actes des Apôtres. En haut de l'icône figure un demi-cercle symbolisant le ciel d'où partent des rayons de lumière ou de feu.
Les peintures de la Pentecôte en Occident diffèrent de ce point de vue, les rayons de lumière et les langues de feu étant issus le plus souvent d'une colombe qui symbolise l'Esprit. De cette façon, elles soulignent le lien entre la venue de l'Esprit le jour de la Pentecôte et celle du jour du baptême du Christ. Ce rapprochement n’existe pas dans l’iconographie orthodoxe. Parfois la colombe est remplacée par la main de Dieu et, dans ce cas, les rayons de feu de l'Esprit proviennent des doigts écartés. Ce n’est qu’à partir du XVe siècle que le Père et le Fils sont représentés dans un nuage lumineux au-dessus de la Vierge et des Apôtres.
A l’inverse, dans les peintures occidentales n’apparaît pas, comme dans toutes les icônes, la place vacante du Christ. Dès le XIIe siècle, Pierre est au centre des Apôtres ; puis c’est la Vierge Marie qui occupe cette position centrale à partir du XIVe. La peinture occidentale ne montre pas ce monde obscur en attente du salut : elle met plutôt l’accent sur la valeur de la venue de l'Esprit sur l'Eglise aux dépens de la mission d'évangélisation privilégiée par les iconographes orthodoxes.
La venue de l’Esprit Saint dans l'âme comme une flamme et une force est donc la métaphore d’une conversion, celle qui inscrit l'union de l’homme avec Dieu dans la durée. Noël, Pâques et la Pentecôte correspondent tous trois à un jour de conversion. C’est pourquoi il est bon de ne jamais perdre de vue quelques grâces, quelques possibilités que chaque Pentecôte nous apporte.

Père Théodore