lundi 26 décembre 2011

L'icône orthodoxe de la Nativité



En regardant l'icône de la Nativité orthodoxe, nous remarquons d'emblée qu’elle réconcilie la terre avec le ciel ; il y règne une paix, une harmonie, une fête, une joie ; les étoiles rayonnent dans les cieux, les rochers s'ouvrent pour accueillir leur Créateur, les animaux sont pacifiés, les bergers partagent leur joie avec les anges, les mages galopent joyeusement vers la découverte de la Vérité révélée par l'étoile. Tout baigne dans la lumière d'un état particulier, celle dont parle Saint Luc.

L'hymne de Romain le Mélode dit: « La Vierge aujourd'hui met au monde l'Eternel et la terre offre une grande grotte à l'Inaccessible. Les anges et les pasteurs le louent et les mages avec l'étoile s'avancent. Car Tu es né pour nous, Petit Enfant, Dieu éternel ».

Dans les deux récits de la Nativité, celui de Matthieu et celui de Luc, nous retrouvons  tous les éléments réunis sur la planche. Le doute de Joseph sur la virginité de Marie et l'origine divine de Jésus y sont présents : Il est assis, accablé, la tête dans les mains, tenté par le démon du doute, sous l'aspect d'un vieux berger ; un ange révèle la vérité sur les natures humaine et divine réunies en Jésus.

Les mages représentent les maîtres de la science antique. Renseignés par les astres, ils prennent la route à la recherche d'un roi qui vient de naître et trouvent un enfant couché sur la paille, lui offrant alors des dons: l'or pour le Roi, l'encens pour Dieu, la myrrhe pour l'homme mortel. Ces savants venant de l'Orient ont trouvé la Vérité elle-même, le soleil de justice incréé, la lumière de la connaissance qui révèle Dieu.

Enfin, toute la composition picturale est centrée sur la grotte, vers elle tout converge : Jésus est au creux de la grotte, nous donnant le vrai sens de l'Incarnation, qui a pris  notre condition humaine: le premier homme, Adam, issu du sol est terrestre ; le second  homme, le nouvel Adam, Jésus, lui, vient du ciel. Selon Paul, « nous avons revêtu l'image du terrestre ; il nous fait revêtir l'image du céleste ».

Une autre hymne de Noël nous dit:

« Le Christ naît, glorifiez-le ; le Christ descend des cieux, allez à Sa rencontre ; le Christ est sur terre, relevez-vous, chantons le Seigneur, toute la terre! »

Joyeux Noël!

Père Théodore

mardi 20 décembre 2011

Fête de la Théophanie à Bordeaux-Lac


Dimanche 8 Janvier 2012, l'Association Cultuelle Saint-Nicolas souhaite célébrer la THEOPHANIE, ou « Bénédiction des Eaux », qui nous renvoie au Baptême du Christ.

Après la liturgie dominicale en notre Eglise, nous nous rendrons au lac de Bordeaux tout proche.
Père Théodore fera le geste symbolique du « jeter de la Croix » dans les eaux du lac à Bordeaux-Lac, au niveau du Club de voile, comme cela avait été fait le 6 janvier 2008 au Cap-Ferret.

Un repas est organisé à la suite, au Restaurant l'Aidyl, rue Fragonard à Bruges, juste en face du Club de voile.

Pour réserver votre repas, téléphoner soit à

- la Présidente Angélica BECHLIVANIS au 06.98.23.44.11, soit à
- la Secrétaire Irène LENCLEN au 05.56.08.99.33, avant le 30 décembre. Passé cette date, il ne sera plus possible de vous inscrire.

PRIX du REPAS : 25 € par personne apéritif, vin et café compris.

Merci d'adresser votre règlement par chèque à l'ordre de Eglise Orthodoxe Grecque St-Nicolas, 278 rue du Jardin Public 33300 BORDEAUX, chèque qui devra nous parvenir pour le 29 décembre. Toute réservation sera effective à la réception du chèque.

Nous comptons sur votre présence et, en attendant, nous vous souhaitons de passer de très bonnes fêtes de Noêl.

La Présidente,
Angélica BECHLIVANIS


P.S. : Sachez aussi, que dans le cadre de la semaine mondiale pour l'Unité des Chrétiens (18 au 25 janvier 2012), nous recevrons nos amis Catholiques, anglicans, protestants et orthodoxes roumains, le VENDREDI 20 JANVIER à 18 heures pour une prière commune très enrichissante. Essayez de vous libérer pour y participer. Nous vous attendons nombreux.

lundi 19 décembre 2011

Une semaine avant la Nativité




Les Saints Pères de l'Eglise ont institué la célébration de la généalogie de Jésus Christ, depuis Adam jusqu'à Joseph, le fiancé de Marie, la Théotokos, en associant aussi les Justes et les Prophètes, selon la chair.

Jésus n'a pas de généalogie de par sa nature divine, mais il reste le Fils de l’Homme par son humanité. Ainsi, le ciel et la terre, les peuples, les temps heureux ou malheureux, tout fut amené par Dieu à l'existence en une série bien ordonnée pour préparer ou annoncer cette venue. Depuis Adam, le premier homme, jusqu'à la Sainte Mère de Dieu, les générations se sont succédées, selon le bon vouloir et l'élection divine, jusqu'à ce que vienne la plénitude des temps, le moment prévu par Dieu de toute éternité, pour que naisse le petit enfant : Celui qui est à la fois Dieu éternel et homme sujet à la mort ; le fruit de toutes les promesses et de l'espoir de tous les Justes.

Saint Mathieu mentionne les ancêtres du Seigneur en série descendante, à partir d'Abraham. Saint Luc, lui, remonte de Joseph jusqu'à Adam, Fils de Dieu, évoquant ainsi que le Christ s'est incarné pour rendre aux hommes la filiation divine par la grâce du Saint Esprit, qui leur avait été promise lors de la Création.

Une hymne orthodoxe avant la Nativité dit ceci:

« Grotte de Bethléem, prépare-toi, voici qu'arrive la brebis qui porte en ses entrailles le Christ. Crèche, accueille celui dont le Verbe nous délivre, nous mortels, de nos œuvres sans verbe ni raison. Bergers, qui passez la nuit dans les champs, par votre témoignage confirmez le miracle étonnant. Mages de Perse, apportez au Roi l'or, la myrrhe et l'encens, car de la Vierge Mère a paru le Seigneur qu'elle adore ; humblement inclinée, disant à celui qu'elle porte en ses bras : comment as-tu été semé dans un sein, comment t'es-tu développé, ô Jésus, mon Rédempteur et mon Dieu? »

Bonne fête de Noël à tous!

Père Théodore

lundi 12 décembre 2011

Jésus est-il né le 25 décembre?




Dès le Ier siècle av.- J.C., Rome célébrait le culte de Mithra, d'origine persane, importé par les légionnaires. Il s'agit d'une divinité solaire que l’on fêtait le 25 décembre, lors du solstice d'hiver. Sa naissance symbolisait le soleil invaincu, Sol Invictus. En 274, l'empereur Aurélien déclare ce culte religion d'état.

Au début du christianisme, la fête de Noël n'existait pas, et ce n’est qu’à partir du IIe siècle que l'Eglise a cherché à déterminer le jour de la naissance de Jésus sur lequel les évangiles ne disent rien. Différentes dates furent proposées : notamment le 6 janvier, le 25 décembre et le 10 avril. Le 25 décembre en particulier permettait de célébrer la naissance de Jésus tout en éclipsant la fête païenne de Mithra, et vers 330 ou 354, l'empereur Constantin décida de fixer Noël à cette date. Le pape Libère, s'inspirant de Malachie et de Luc, considérait la venue du Christ comme le lever du « Soleil de Justice ».

Les Eglises d'Orient, elles, célébraient Noël le 6 janvier. Cette fête du Noël orthodoxe commémorait à la fois la manifestation de la naissance du Christ aux bergers et aux mages et la manifestation du Christ à son baptême. Elle marquait le retour de la lumière divine.

Actuellement, les patriarcats de Constantinople et d'Antioche, ainsi que l'Eglise de Grèce célèbrent la naissance de Jésus et la visite des mages le 25 décembre, car ils ont adopté le calendrier grégorien ; pour les Eglises russes, serbes, arménienne, copte et éthiopienne elles ont lieu 13 jours après le 25 décembre, c'est-à-dire le 7 janvier, parce qu'ils ont conservé le calendrier julien.

La préparation au Noël orthodoxe est une période de jeûne. La crèche n'est pas  traditionnelle dans les églises orthodoxes, car le culte dédié à des statues de personnages saints est proscrit. A la place, la nativité est représentée sur les icônes, démontrant que Jésus est humain et divin à la fois, qu’Il a porté sur Lui tous nos péchés, comme la garantie de notre Salut. Jésus a accompli la prophétie faite à Eve que de sa descendance viendrait celui qui détruirait le pouvoir de Satan, la mort et le mal. Enfin, ce fut le signe que Dieu était avec Nous, Emmanuel.

Père Théodore

samedi 10 décembre 2011

Travaux de rénovation des dépendances de l'église orthodoxe grecque de Bordeaux



Les travaux de rénovation des toitures des annexes de l'Eglise se sont achevés le mardi 6 décembre. Nous remercions vivement l'entreprise LOUVEL pour l'exécution minutieuse et soignée de ce chantier. 
Les prochains travaux concerneront en priorité la remise en norme des installations électriques, la peinture des murs extérieurs des annexes et l'installation d'un système de climatisation dans l'église pour pallier aux problèmes récurrents d''humidité. Nous vous en tiendrons informer. 

Ci-dessous, un diaporama de photographies où vous pourrez apprécier le résultat de la rénovation des toitures:

dimanche 4 décembre 2011

Préparation de l'Avent, préparation de Noël



 Les Gaulois et les Romains croyaient dans les vertus apotropaïques de la célébration du « soleil invaincu » (sol invictus) au solstice d'hiver, qui conjurait les mauvais sorts apportés par l'imagination transie par le froid et la nuit, c'est-à-dire la dégénérescence et la mort, par le retour du soleil qui reprend vie. Le soleil se couche et se lève dans un cycle infini : vive le soleil, célébrons-le.
   
Cela amène à comprendre l'ignorance, jadis, du jour anniversaire de la naissance du Christ. L'Eglise d’Occident a superposé à la fête païenne la naissance historique de « celui qui est la vraie lumière et qui illumine tout homme en venant dans le monde » (Jean 1.9). L'Eglise d’Orient a plutôt perçu dans l'Avent l'attente de la lumière qui va se lever.

L'Avent byzantin tend donc surtout vers l'Epiphanie, aussi appelée la « fête des lumières », tandis que l’Avent latin tourne son attention vers Noël, fête de la venue du Seigneur dans notre chair. Pour préparer la victoire de la lumière il est nécessaire de s’ouvrir de plus en plus à cette même lumière, de s’examiner nous-mêmes sous cette lumière intérieure, de laisser « la lumière qui est au fond de nous guider nos actes quotidiens », et de vivre dans une atmosphère de vérité et de sincérité.

 Le dimanche précédant Noël, la liturgie orthodoxe commémore tous ceux qui, depuis Adam et Eve, les premiers créés jusqu'à Joseph, le fiancé de la Mère de Dieu, ont annoncé la venue dans la chair du Fils de Dieu pour leurs œuvres et par leurs paroles. Ainsi la liturgie unit tous les ancêtres selon la chair, de même que les justes et les prophètes. D’après cette parole du Seigneur: « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère et une sœur et une mère » (Math.12.49).

Père Théodore

mardi 29 novembre 2011

La préparation du Concile Panorthodoxe



Le projet de Concile Panorthodoxe, dont l’élaboration a débuté depuis les années 60, à l’initiative du patriarche œcuménique Athenagoras, s’est donné, dans un premier temps, pour mission de réunir une Commission interorthodoxe préparatoire pour une série des conférences panorthodoxes préconciliaires.

Son secrétariat siège actuellement au centre orthodoxe du Patriarcat Œcuménique de Chambéry, en Suisse. Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier a annoncé, durant l'été 2010, que la préparation du grand Concile Panorthodoxe entrait dans sa phase terminale et que cet événement historique devrait permettre à l’Eglise Orthodoxe forte de 200 millions de fidèles de réaffirmer sa présence dans le monde. Cependant, une date n’a toujours pas été arrêtée à ce jour, même si 2012 a été évoquée, et l'histoire a jusqu’à présent maintes fois prouvé que la mise en œuvre conciliaire s’éternisait de par son caractère laborieux et incertain.

Pour les orientaux, le dernier concile œcuménique remonte à Nicée en 787. Ils définissent le concile panorthodoxe comme la réunion officielle de toutes les familles issues du grand schisme de 1054 et dont le but est d’engager les Eglises Orthodoxes à œuvrer ensemble sur une série de sujets qui sont sources de tensions entre elles.

Parmi les point sensibles figurent surtout le statut canonique de la diaspora, la primauté du patriarche œcuménique de Constantinople et la hiérarchie entre les patriarcats. L'essentiel du conflit résidait dans la rivalité entre Moscou et Constantinople. Mais sont venus des « vents favorables » qui ont soufflé tant sur le bord de Bosphore que sur les rives de Moskova. Aujourd'hui, les Eglises Orthodoxes ont compris que les conflits frontaux causaient gravement préjudice à leur image et à leur crédibilité.

Dans la crise morale et financière qui sévit de nos jours, l'Orthodoxie entend porter haut et fort sa voix et son témoignage face au monde actuel, sans l’influence des écrivains antimodernistes qui traversent la majorité des Eglises Orthodoxes. Des positions communes se sont manifestées dans divers domaines : la bioéthique, la place future des jeunes orthodoxes, la question des femmes désireuses d’entrer au ministère, la gestion de l'autocéphalie et de l'autonomie, les diptyques et la question du jeûne.

Dans ce contexte, les théologiens représentent une chance d'ouverture, car ils sont le plus souvent des laïcs compétents et œcuméniques. Que le Seigneur notre Dieu les guide!

Père Théodore

dimanche 27 novembre 2011

"L'évolution de l'église orthodoxe grecque dans l'agglomération bordelaise"

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Plan de l'historique de l'église orthodoxe grecque de Bordeaux

(L'historique s'étend sur deux pages: cliquer sur "messages plus anciens" en bas de page pour consulter les parties IV & V, ou cliquer directement sur les titres des différentes parties de l'historique pour un accès immédiat)


I.1. La première vague migratoire (1910)
I.2. La second vague migratoire (1914-1922)
I.3. La fondation de l’Association cultuelle orthodoxe grecque de Bordeaux (1949)

II.La fondation de l'église orthodoxe grecque de Bordeaux (1955-56)      


II.1.Les circonstances de sa naissance
II.2.La construction de l’édifice 
II.3.Descriptif de l’intérieur et de l’extérieur de l’église


III.1. Les premiers prêtres de la paroisse (1954-1972) 
III.2. L’œuvre du père Théodore, actuel recteur de l’église grecque de Bordeaux (1972-présent)


IV.1.Les offices et les sacrements religieux
IV.2.La vie associative et les manifestations culturelles
IV.3.L’enseignement du Grec Moderne et le catéchisme orthodoxe
IV.4.Le dialogue œcuménique



V.1.La campagne de restauration et la modernisation des infrastructures
V.2.La composition cosmopolite de l’église orthodoxe grecque de Bordeaux 
V.3.Les projets et les défis du futur

I. L’évolution chronologique de la communauté grecque de Bordeaux : de l’implantation des premiers Grecs (1910) à la fondation de l’Association cultuelle (1949)


I.1. La première vague migratoire (1910)

À en croire Alexis Arette, dans son ouvrage intitulé La longue marche des Aquitains[1], plus de 150 toponymes trahiraient une présence hellénique dans la région d’Aquitaine dès l’Antiquité : en particulier, les noms de ville dont la terminale est en –os ou altérés en –osse, tels Mios, ou Biscarosse, sembleraient avoir été créés sur le modèle des noms des îles égéennes (Kos) et des cités grecques du Péloponnèse (Argos). Selon la légende, l’hagiotoponyme de la ville de Saint Macaire feraient référence à la mission évangélique du moine grec « Makarios » en Gironde, au IVe siècle. Chose qui ne serait guère étonnante à première vue, si l’on réfléchit que, de l’autre côté de l’hexagone, des colonies grecques furent à l’origine de la fondation des cités de Massalia, Nikaia
 Mais, dans un temps plus proche de nous, les archives municipales attestent de l’existence d’une communauté hellénique à Bordeaux qu’à partir de 1910 : elle concorde principalement avec l'arrivée de Grecs originaires des îles du Dodécanèse (Kalymnos, Symie, entre autres), qui étaient, pour la plupart, des commerçants d’éponges. A cette époque, la ville de Bordeaux était un lieu d’ancrage privilégié des marins du pourtour méditerranéen : située près de l'Espagne, dotée d'un commerce maritime fleurissant, grâce à la Garonne, le complexe portuaire bordelais attirait des bateaux du monde entier jusqu’au centre de la ville et facilitait, entre autres, le commerce lucratif des éponges. Certains Grecs décidèrent alors de s'installer et firent venir des personnes de leur entourage familial ou amical, désireuses de travailler autant dans ce domaine que dans d'autres activités commerciales, intellectuelles, voire politiques. Mais leur communauté à cette époque était très marginale. Cependant le consulat de Grèce à Bordeaux, l’un des tout premiers créés avec celui de Marseille, existait déjà depuis 1857 et avait pour principale mission de porter assistance aux marins grecs venus en transit par la Garonne. A Paris, l’église de Saint Stéphane existait depuis 1895 et faisait figure d’évêché. Les orthodoxes grecs étaient placés sous la juridiction de l’archevêché de la Grande Bretagne (Thyateira), et parfois un prêtre de Paris ou de Marseille faisait le déplacement pour la célébration de mariages ou de baptêmes, mais rarement pour une liturgie. Ce ne fut que bien plus tard, en 1963, que le patriarche Œcuménique de Constantinople, Athénagoras, nomma premier métropolite de France l’archimandrite de Paris, Mgr Mélétios Karabinis, installé en France en 1946. 

(à gauche, Mgr Mélétios Karabinis (1914-1993) ;  à droite, le Patriarche Œcuménique de Constantinople, Athénagoras (1886-1972)  ; photo du site de l’AEOF)


I.2. La second vague migratoire (1914-1922)


Entre 1914-18, des soldats grecs débarquèrent à Bordeaux pour prendre part à la première guerre mondiale. Selon le Ministère de l’Armement, 24.300 Grecs se trouvaient alors sur le territoire français : le caractère massif de ce mouvement migratoire marqua à bien des titres la véritable genèse de l’immigration grecque en France. Certains Grecs se furent finalement sédentarisés après s’être mariés avec des Françaises[2]. En 1922, lors de la « Grande Catastrophe » d’Asie Mineure où eut lieu le génocide des Grecs d'Asie Mineure qui vivaient depuis l’Antiquité sur les terres de la Turquie actuelle, cette vague migratoire prit un second souffle. La France, pays d'accueil, accepta d'accueillir un certain nombre de réfugiés grecs qui souhaitaient s'installer surtout dans des villes en bordure de mer, leur environnement naturel : notamment les villes de Bordeaux, Nantes, Marseille, Nice devinrent leurs terres de prédilection. La préfecture de Bordeaux recensa pas moins de 780 familles de Grecs. Le quartier de St Pierre était littéralement inondé d’apatrides grecs.

(Les Grecs du quartier Saint Pierre devant le « Restaurant populaire » : Elefterios Tsirigotis à gauche ; à côté de lui, Pantelis Nenekas ; au centre, tenant une cigarette, Zacharias Angelopoulos)


Ces derniers, pour une grande partie, ouvraient des restaurants grecs, des cafés, des petits commerces, et travaillaient comme dockers sur le port. 

(Le capitaine du navire « ΑΙΓΑΙ » en compagnie de Grecs de Bordeaux ; photo datée du 8 décembre 1945)

Certains se sont mariés entre eux, d'autres avec les éléments autochtones.
Sur un plan religieux, l’intégration en revanche fut difficile : l'Eglise Catholique locale posait des obstacles, car elle assimilait les Grecs orthodoxes aux hérétiques ; un mariage mixte, par exemple, était difficilement accepté : la seule alternative qu’on leur offrait était purement et simplement de se convertir au catholicisme et de baptiser leurs enfants catholiques. Même un enterrement n'était guère possible, et seuls les pasteurs acceptaient la charge d’une telle cérémonie. Quelques familles se regroupaient pour faire venir un prêtre de Marseille ou de Paris pour les grands sacrements.

(Certificat d’un mariage grec célébré par un prêtre orthodoxe marseillais, à Bordeaux, et daté du 6 mars 1930)

Ils leur arrivaient parfois d’avoir affaire à de faux prêtres, à des charlatans, qui profitaient de leur confiance et de leurs économies…

I.3. La fondation de l’Association cultuelle orthodoxe grecque de Bordeaux (1949)


Lors de la seconde guerre mondiale, devant la famine oppressante de leurs compatriotes de la métropole, les Grecs de Bordeaux, sous la direction de Kyriakos Galandis, se mobilisèrent ensemble pour faire parvenir des denrées alimentaires, en association avec la Croix Rouge française, aux « ONG » grecques. Cette initiative qui prit naissance dans ce conflit tragique de l’histoire eut comme mérite de rassembler les Grecs : aussi, dans le prolongement de leur mouvement caritatif, ils créèrent l’Association des Hellènes de Bordeaux, dont les statuts furent fixés en 1946, et qui comprend une section religieuse. Mais des conflits internes finirent par semer la discorde, et la section religieuse se sépara et devint autonome : c’est ainsi que vers la fin de l’année 1949, les Grecs de Bordeaux fondèrent une Association Cultuelle Orthodoxe, baptisée « Saint Nicolas »[3]. Ses principales activités consistaient à porter assistance aux compatriotes nouvellement immigrés, à assurer l’enseignement du grec moderne aux jeunes enfants de la communauté grecque, et à organiser des rassemblements et des festivités animées par des danses du folklore grec, où les jeunes portaient fièrement les costumes traditionnels.

(cours de grec donné par un étudiant)


             (Première fête grecque : représentation d’une pièce antique)


(article du Sud-Ouest sur la fête nationale grecque ; sur la photo : groupe de jeunes grecs, l’archimandrite Philippeos et le président de l’Association cultuelle, M. Kyriakos Galandis)

Au début des années 1950, l’Association se chargea de trouver un local à l'église Saint Augustin, et un prêtre grec venait par intermittence pour y célébrer la messe dominicale.
Quelques années plus tard, les Grecs s’associèrent aux Russes, qui possédaient un lieu de culte sur le Cours de Médoc (au numéro 100), consacré à « Notre-Dame-de-Kazan ». 

(l’ancien appartement de l’église russe de « Notre-Dame-de-Kazan »)

Le prêtre russe était placé sous la juridiction du Patriarcat Œcuménique de Constantinople, et desservait, par conséquent, tous les orthodoxes de l’agglomération bordelaise. Nombre de Grecs se marièrent ou furent baptisés dans la paroisse russe. Le dernier recteur de l’église du Cours du Médoc fut le père André, émigré d'Algérie, marié, polyglotte, mais qui malheureusement décéda tragiquement d’asphyxie dans son petit presbytère. Plus tardivement, le père Jean Baïkoff, recteur de la paroisse russe de Biarritz, reprit en charge la communauté et venait célébrer mensuellement une liturgie et occasionnellement les sacrements.

(à gauche, Mgr Mélétios ; au centre, Père Jean Baïkoff)

Devant la pénurie de prêtres, ces bergers du Seigneur, la paroisse russe se rétrécissait inexorablement. Après le décès du père Jean, les paroissiens désertèrent l'église du Cours du Médoc, et toutes les affaires qu’elle contenait furent transférées principalement à Biarritz et à Toulouse. Par un renversement de circonstances dont l’Histoire, seule, a le secret, c’est aujourd’hui la paroisse orthodoxe grecque qui accueille les Russes, effaçant ainsi sa dette à l’égard de ses frères orthodoxes.
Par la suite, il fut question à un moment donné pour les Grecs d'acheter une Eglise abandonnée, mais l’entreprise avorta. À la place, ils louèrent un appartement sur le Cours de la Martinique qu’ils aménagèrent en lieu de culte. Enfin, ce fut au tour des Anglicans de leur offrir l'hospitalité en prêtant leur église, 10 cours Xavier Arnozan.

(Eglise évangéliste charismatique de la Moisson des Blés)

Parallèlement, le contexte œcuménique évolua : il fallut attendre un Pape comme Jean XXIII pour amorcer timidement le dialogue interconfessionnel des deux Eglises, catholiques et orthodoxes ; ce fut surtout la rencontre historique entre le Pape Paul VI d'un côté et de l’autre le Patriarche Athénagoras qui fut la plus décisive de toutes, car le dialogue des Eglises prit une tournure sincère et constructive qui eut l’effet d’une avancée spectaculaire : l'anathème fut levé à Jérusalem, en 1965, ce qui permit l'hospitalité réciproque des fidèles : notamment la communion interreligieuse fut autorisée dans le cas où le chrétien n’avait pas d’église correspondant à sa confession dans son lieu de résidence. Les fidèles commencèrent à se connaître et à s'aimer dans le partage des traditions et le respect mutuel. Les esprits s’apaisèrent, une brèche s’ouvrit dans les murs intrachrétiens. Des évêques catholiques subvenaient aux besoins des orthodoxes par le prêt de locaux et des aides économiques. Les prêtres orthodoxes commençaient à être invités par le clergé catholique et protestant pour parler des différences interreligieuses et développer certains sujets qui étaient encore tabous à cette époque.


[1] ARETTE, Alexis, La longue marche des Aquitains, Editions Pyrémonde (« Princi Negue »), 2007.
[2] La Revue Franco-hellénique, n°12-13, 1993 (juillet-octobre), p. 4.
[3] L’association fut déposée à la Préfecture de la Gironde sous le N° 4960bis et publiée au Journal Officiel N° 79, du Ier avril 1949.